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Enfin en route vers une norme Euro 7 dévastatrice ?

Les normes de dépollution, plus connues par sous leur appellation « Euro » suivie de le numéro de génération, sont prêtes à en faire baver un peu plus les consommateurs. L’actuelle norme Euro 6, pourtant en place depuis 2014, ne se durcira plus, alors que nous sommes déjà à la troisième évolution (Euro 6d). Nous aurions cependant déjà dû passer en Euro 7 depuis plus de deux ans maintenant. Mais, en 2022, nous sommes toujours sur une base connue et l’évolution vers une nouvelle réglementation n’est pas encore la bienvenue.

Le point sur la norme Euro 6

Comme nous le disions en introduction, l’Euro 6 est présente depuis septembre 2014. Elle a clôturé le chapitre de l’Euro 5, ayant imposé le filtre à particules sur les moteurs diesel dès janvier 2011 au plus tard. Alors que cette dernière visait la réduction drastique des particules fines des moteurs diesel et essence (de 25 mg/km pour l’Euro 4 à 5 mg/km pour l’Euro 5a), l’Euro 6 avait d’autres chats à fouetter. A savoir, l’Euro 5b était passée à 4,5 mg/km, et l’Euro 6 n’a rien changé. Les polluants visés sont principalement les HC et les NOx des moteurs diesel, tandis que les essence étaient clairement épargnées. Seules le nombre de particules émises par kilomètre commence à être pris en compte. Avec 6.0×1011 particules par kilomètres, les moteurs essence s’harmonisaient aux diesel, contraint à cela depuis l’Euro 5b.

Les HC sont les hydrocarbures imbrûlés. Dans les moteurs diesels, ils sont généralement proportionnels aux NOx (oxydes d’azote). Les catalyseurs des moteurs essence gèrent très bien ces deux gaz en plus du CO, le fameux monoxyde de carbone. Le moteur diesel fonctionnant par « excès d’air », son catalyseur (ou filtre à particules) ne gère pas suffisamment les NOx pour l’Euro 6b. Une solution était de diminuer la compression du moteur, comme Mazda l’a fait. Le problème est que le moteur tournait comme une patate à froid, et il a fallu ajouter des bougies de préchauffage spécifiques, et de créer une nouvelle gestion EGR. La seconde solution, bien plus courante, est l’ajout d’un nouveau filtre. Placé après le filtre à particules, le filtre SCR (sélection catalytique réductive) permettait de neutraliser en grande partie les NOx. Une injection d’AdBlue permettait de faire passer le seuil de 180 mg/km (Euro 5b) à 80 mg/km.

Une norme Euro 6 qui a dû s’adapter…

En 2018, suite au léger scandale du Diesel Gate, et aussi parce que les mesures étaient devenues un vrai foutoir, l’Euro 6c est née. Elle est restée relativement discrète, car elle n’a apporté aucun durcissement à la précédente. Cependant, elle représente l’introduction du cycle WLTP. Les mesures NEDC devenant complètement désuètes, il était temps de remettre un peu d’ordre et, surtout, de contrôler ces résultats obtenus sur banc. Dès le mois de septembre, donc, la RDE (Real Driving Emissions) entre en jeu et visera à mesurer ce que les constructeurs ont homologué. D’abord, les particules en nombre sont prises en charge. Cependant, une « marge de tolérance » est admise. Les véhicules testés ont donc le droit de dépasser de 1,5 fois les données homologuées…

Alors qu’elle était en application pour les nouveaux modèles depuis Septembre 2017, la norme Euro 6d-Temp est devenue obligatoire deux ans plus tard seulement. De nouveau, rien ne change fondamentalement. Cependant, la RDE se targue dorénavant de mesurer les NOx émis en conditions réelles, en plus du nombre de particules par kilomètres. Pour rappel, un moteur diesel Euro 6 devait émettre moins de 80 mg/km de NOx, contre 60 mg/km pour une essence. La RDE demandait à ne pas dépasser de 2,1 fois cette valeur homologuée.

C’était encore un beau cadeau que la norme Euro 6d n’a pas su laisser, dès Janvier 2021 au plus tard. Les NOx, tout comme les particules, ne pouvaient pas dépasser un coefficient de conformité de 1,5.

A quand une nouvelle norme Euro 7 ?

Visiblement, pas pour demain. Alors qu’elle devait avoir vu le jour depuis 2020, un délai à 2024 au plus tôt est d’actualité. Et ce délai sera prolongé, parce qu’au vu des demandes, les constructeurs vont avoir du fil à retordre ! La norme Euro 7 sera encore plus drastique avec les NOx. Ils passeront à un maximum de 35 mg/km, quelle que soit la motorisation. Il en va de même pour les masses des particules, chose n’ayant plus vraiment changé depuis l’Euro 5b. Essence comme diesel, l’ensemble des 6.0×1011 de particules émises ne pourront plus dépasser un total de 3 mg/km. L’Euro 7 devient particulièrement féroce avec le sans-plomb, les imbrûlés passant de maximum 100 à 50 mg/km, tout comme le CO (de 1 000 à 500 mg/km) ! Enfin, plus aucune tolérance ne sera de mise lors des mesures RDE.

Pour rappel, certaines marques ont dû tricher pour franchir le cap de l’Euro 5 et de l’Euro 6. Le but était clairement de dépenser le moins d’argent possible. On sait ce que cela a donné au final : des augmentations de tarif dans tous les sens, et des amendes aux constructeurs. Alors, imaginez donc ce que l’Euro 7 va donner en 2024. Une augmentation du prix des véhicules thermiques, en plus du prix des carburants… Disons clairement que la fin du thermique est envisagée, y compris l’hybridation. Pourtant, en 2022, on est loin d’être prêts pour du 100% électrique…

Les divers systèmes envisagés pour y arriver

Le souci majeur dans le traitement des gaz d’échappement est la température de fonctionnement des filtres. Qu’ils soient à particules ou à NOx, plusieurs centaines de degrés sont parfois nécessaires. Cela demande donc un temps de fonctionnement à un certain régime constant. Les diverses sondes de l’échappement fonctionnent déjà avec un système de chauffage interne, afin que les valeurs ne soient pas faussées trop longtemps. L’idée, avec la norme Euro 7, est de faire chauffer électriquement les divers filtres. Ils atteindraient des températures idéales très rapidement (25 secondes). Pour cela, un préchauffage des filtres doit se faire. Si on ne veut pas attendre une dizaine de secondes contact mis avant de démarrer, une stratégie sera obligatoire. Le chauffage sera activé une fois les portes déverrouillées, par exemple. Cela nécessite alors une batterie plus conséquente, peut-être, en plus des sondes supplémentaires… En bref, d’énormes coûts à ajouter…

Alors que PSA l’utilise sur son 1.5 BlueHDi depuis 2018, l’absorbeur de NOx serait obligatoire. Les NOx sont piégés dans une première partie du catalyseur tant que les gaz d’échappement ne sont pas assez chauds. Une fois que c’est le cas, ils sont alors relâchés et l’injection d’AdBlue se fait. Le système permet donc de piéger les oxydes d’azote à 99%.

Pour ce qui est des motorisations essence, un catalyseur à absorption de HC fonctionnant tel l’absorbeur de NOx est à prévoir. Les imbrûlés seraient pris au piège tant que le filtre n’atteint pas sa température de fonctionnement. Cela arrive alors assez rapidement, et les HC sont traités. Avec une injection d’eau, réduisant les NOx, la barre des 50 mg/km serait atteignable.

Enfin, le turbocompresseur aura un rôle à jouer. En effet, travaillant en partie avec les gaz d’échappement, un genre de filtre à NOx se ferait implanter entre le moteur et le turbo. Du coup, on aurait droit à divers avantages en termes de pollution. Cependant, nous aurions aussi droit à divers soucis de fonctionnement. Le turbocompresseur perd en efficacité, et ce genre de système de dépollution doit absolument se pourvoir d’une hybridation légère. Et ça coûte de l’argent !

Les constructeurs vont chercher, mais les clients vont le payer !

On a pu remarquer, en plus des petites sportives, que les petites citadines se font vraiment bouder. En effet, les constructeurs font de moins en moins de bénéfices sur ce genre de véhicule. Et le problème reste que rendre une Citroën C1 entièrement électrique coûterait très cher. Ne parlons pas de la polyvalence du modèle. De plus, les dernières années ne sont pas propices aux affaires automobiles. Les pénuries de pièces ralentissent fortement les livraisons des véhicules, et les clients se tournent vers d’autres solutions. Les marques ne peuvent rien faire contre cela et baissent les remises afin de vendre moins de véhicules, mais plus chers ! Alors, si on ajoute à cela la complexité de l’Euro 7, la vente de citadines thermiques ne sera plus suffisamment rentable, si les prix restent compétitifs. Voici donc, une fois de plus, comment des normes environnementales tuent toute une industrie porteuse.

Vu que les constructeurs ne veulent pas gagner « moins de sous », beaucoup de segments sauteront. Oubliez les citadines diesel, si pas les voitures diesel à prix moyens. Promues à coups de primes il y a douze ans, elles sont maintenant à jeter. La majorité des Peugeot 207 des années 2010 sont des HDi, malgré le fait que les possesseurs ne la conduisent pas suffisamment. De nombreuses déclinaisons étaient au catalogue : HDi 70, 90, 110… Aujourd’hui, il n’y a plus qu’une seule solution au gazole : le BlueHDi 100. Et, si Stellantis arrive à passer ses diesel à l’Euro 7, existeront-ils toujours sur des « petites » voitures. Rien n’est moins sûr. Et pourtant, malgré tout, au vu du confort amélioré de ce segment, elles font toujours leur effet auprès des sociétés, et des clients faisant de la route avec le second véhicule du ménage…

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Etienne Deketele-Kestens

De la Smart à la Bentayga, je peux dire que je suis complètement obsédé par le monde automobile. Intégrer l'équipe de PDLV et pourvoir donner ma vision des nouveautés chaque jour est quelque chose de génial pour moi. Ma "carrière" de blogueur a débuté il y a quelques années, et ceci, cumulé à mes études en mécanique auto, me permettront de vous proposer un contenu de qualité, tout en gardant le côté décalé cher à PDLV. Je roule en Peugeot 308 SW BlueHDI 130 finition GT Pack.

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