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Du zamac au composite : la curieuse stratégie d’AUTOart

En 2015, le fabricant de voitures miniatures AUTOart présentait l’Alfa Romeo 4C, à l’échelle 1/18. Le coupé italien inaugurait une nouvelle stratégie de la part du fabricant : celle d’abandonner la carrosserie traditionnelle en zamac, au profit d’une construction en matériaux composite. Ces AUTOart « en plastique » ne présentent que des avantages selon le fabricant. Mais qu’en est-il vraiment ? Y a-t-il des inconvénients ? Comment vieillissent ces miniatures ? Je vous propose de revenir plus en détails sur ces choix stratégiques discutés.

Le composite : qu’est-ce que c’est ?

Pendant longtemps, les AUTOart (comme beaucoup d’autres voitures miniatures) étaient conçues avec une structure en zamac, ce qui correspond à un alliage de cinq métaux, coulés dans un moule. C’est un procédé intéressant, qui permet de produire de forts volumes de voitures miniatures mais qui présente aussi quelques inconvénients. Le coût de développement du moule est très élevé. Aussi, si l’alliage est imparfait dans sa composition ou qu’il incorpore des impuretés, cela peut entrainer le phénomène de la peste du zamac.

Pourtant, les AUTOart ne sont pas totalement conçus en composite. Le châssis et la structure interne des matériaux sont toujours en zamac (métal), ce qui permet de renforcer la qualité perçue grâce à une masse plus importante. C’est une stratégie indispensable qui permet aussi de compenser le risque de déformation, en garantissant aussi un alignement plus précis des ouvrants. Le terme « composite » désigne en réalité l’utilisation conjointe du zamac pour la structure et d’un plastique ABS pour la carrosserie.

Reconnaître une AUTOart composite : c’est simple ! Les miniatures concernées portent la mention explicite « Composite Model » sur la boîte. Elles sont aussi un petit peu plus légères et les ouvrants sont beaucoup plus minces, avec une structure entièrement composée de plastique ABS.

Comment AUTOart justifie son choix du composite

Bien que le communiqué officiel d’AUTOart ne soit plus en ligne depuis quelques années, plusieurs axes étaient mis en avant. Le fabricant justifie son choix par la volonté d’améliorer la finesse des lignes. L’ABS permet de produire des arêtes plus tranchantes, d’obtenir des découpes encore plus précises. Les défauts de carrosserie sont moindres puisque contrairement au zamac, l’ABS a l’avantage d’évacuer plus facilement les petites bulles d’air, ce qui donne une carrosserie plus lisse. Ce qui en ressort, c’est que le fabricant veut opérer une montée en gamme, en améliorant la qualité perçue de ses miniatures.

De même, AUTOart précisait sa volonté de ne pas s’orienter vers les modèles en résine, contrairement a beaucoup, de ses concurrents. La raison principale, c’est la difficulté d’intégrer des parties ouvrantes sur un modèle en résine et la plus grande fragilité. En effet, une miniature en résine est plus facilement cassante, tandis qu’un modèle en « plastique » peut plus facilement encaisser de légers chocs. Bien que cet aspect ne soit pas évoqué, la question de la rentabilité se pose aussi. Une carrosserie en ABS est moins coûteuse à produire. Mais AUTOart n’a pas baissé le prix de ses miniatures pour autant.

La question du vieillissement des miniatures composite

Afin de garantir un bon vieillissement de ses modèles réduits, AUTOart a donc conservé le châssis et la structure en zamac. L’ensemble a profité d’une étude approfondie pour éviter toute déformation due aux chocs, aux manipulations répétées ainsi qu’aux variations de température. Sur ce point, les renforts jouent un rôle essentiel. Le fabricant a aussi travaillé la composition même de son ABS afin de le rendre adapté aux besoins. A en croire le fabricant, il n’y aurait donc que des avantages liés à cette nouvelle conception. Les ajustements seraient plus précis, les peintures gagneraient en réaliste…

Pour appuyer ses propos, AUTOart évoque même que les supercars modernes font parfois appel à des structures composite. Le fabricant s’appuie sur l’exemple de la fibre de carbone, massivement utilisée pour gagner en rigidité tout en limitant la prise de masse. Dans le monde de la miniature, les modèles réduits en plastique sont souvent des pièces d’entrée de gamme, pas toujours de très bonne qualité. AUTOart a donc pris massivement des risques. Et ils ne semblent pas toujours payer.

Mes plus « vieilles » AUTOart en matériaux composite viennent d’atteindre les 10 ans. Certains sont exposées en vitrine, d’autres sont toujours en boîte. Je dois reconnaître qu’elles ne présentent aucun signe d’altération. La peinture a toujours son éclat, les ajustements sont réguliers et aucun signe de déformation n’est à noter.

Pourquoi les collectionneurs rejettent AUTOart ?

Je collectionne les voitures miniatures depuis bien longtemps déjà. AUTOart a toujours été une de mes marques de cœur. Certaines de mes plus belles plus miniatures sont d’ailleurs signées par ce fabricant. Seulement, comme beaucoup de collectionneurs, je ressens un « avant » et un « après » le choix de la généralisation des modèles composite. Si les productions ont souvent été longues à sortir, il n’est plus rare qu’un modèle 1/18 mette 5 à 6 ans à être commercialisé, depuis sa première annonce. Ces délais à rallonge agacent et orientent petit à petit les collectionneurs vers des concurrents plus prolifiques… Et qui arrivent aux standards d’AUTOart pour un ordre de prix assez similaire.

Mais aux yeux de beaucoup, le choix de la construction composite interroge. Le principal reproche réside dans la légèreté des modèles, l’incompréhension de cette stratégie et par la crainte que les miniatures se désagrègent.

Mais ce n’est pas tout… Le passage au composite a également poussé vers la sortie les AUTOart Signature. Cette gamme haute s’identifiait à ses boîtes bleues, à ses certificats d’authenticité ainsi qu’à une construction encore plus abouties. Maintenant, AUTOart a standardisé son offre.

Une standardisation qui ne passe pas

Le côté précieux offert par cette branche faisait office de vitrine du savoir-faire. On ressent une volonté de simplification de l’offre qui arrive au mauvais moment…

On peut aussi se demander pourquoi AUTOart n’a pas conservé quelques modèles en zamac dans sa gamme. Cela s’explique par l’adaptation conséquente de la production. Par exemple, peindre une miniature en zamac est plus simple puisque la base est électrostatique. Dès lors, la peinture se fixe plus uniformément. L’ABS nécessite des apprêts spécifiques. C’est donc toute une organisation qui rend difficile la cohabitation des deux matériaux.

La perception haptique : dans l’inconscient collectif, le poids est un indicateur de valeur (ce qui est lourd est « plein », ce qui est léger est « creux » ou « jouet »). En passant au composite, AUTOart a brisé ce lien sensoriel. Même si la miniature est techniquement plus précise, le cerveau du collectionneur interprète la perte de poids comme une baisse de qualité, malgré les efforts du fabricant pour les lester.

Quand la concurrence fait l’inverse…

Paradoxalement, les concurrents d’AUTOart continuent de tout miser sur le métal, avec un maximum d’ouvrants… Tout en réussissant à maintenir des prix dans la bonne moyenne. AUTOart semble parfois un petit peu déconnectée du marché et c’est dommage. Si les miniatures sont toujours de très bonne qualité, le fabricant semble avoir sous-estimé l’attachement des collectionneurs au métal.

Pourtant, le fabricant a prouvé son savoir-faire. Il suffit de regarder la Bugatti Chiron pour admirer la qualité perçue, avec une mise en peinture d’une très grande précision et une grande rigueur. Le monde de la voiture miniature est assez impitoyable et il y a des choses sur lesquelles il ne vaut mieux pas chercher à faire des économies. AUTOart semble en payer les conséquences. D’ailleurs, leur démarche était-elle dictée par la volonté d’une montée en gamme ? De faire des économies ? En réalité, c’est peut-être un petit peu des deux…

Club OttOmobile de mai 2026
Source
Autoartmodels.comDiecastsociety.com

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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1 commentaire

  1. Pour les AutoArt, en plus du composite, c’est surtout l’explosion des prix qui m’a fait arrêter ! Plus de 200 balles, faut pas abuser. x4 en 20 ans, c’est hardcore ! Avec SunStar et Kyosho c’est ceux qui ont la plus grosse augmentation depuis que je collectionne !
    Et en plus la distribution en France est mauvaise pour Autoart (comme les deux autres marques citées) je trouve.

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