Pratique

Dieselgate : véritable scandale ou arrangement politico-économique ?

Aussi appelée « Affaire Volkswagen », le dieselgate est une histoire racontant comment un tas de clients du groupe allemand ont été « piégés » par des logiciels réduisant de manière frauduleuse les émissions polluantes de leurs moteurs diesel. Ce véritable scandale a éclaté en septembre 2015, aux Etats-Unis, et il n’en fallait pas tant pour les rebuter un peu plus de ce carburant gras. Aujourd’hui, près de six ans plus tard, d’autres marques sont soupçonnées d’utiliser les mêmes procédés pour des homologations européennes. La France, notamment, soupçonne une nouvelle fois le groupe VAG, mais aussi ses compatriotes, le groupe Renault et le groupe Stellantis (PSA et FCA). Quel est le but réel de cette affaire ? Que les clients soient dédommagés, ou que les divers pays remplissent leur portefeuilles ?

Volkswagen est moins présent aux Etats-Unis (moins de 4% de part de marché en 2020) qu’en Europe (plus de 25% de part de marché). Pourtant, ils arrivaient tout de même à vendre des TDi outre-Atlantique. Volkswagen y avait même annoncé le lancement d’une Jetta Clean Diesel en 2008. Malgré tout ce que l’on pourrait penser, on est à cheval sur les réglementations sur la pollution en Amérique.

En Europe, il a fallu attendre la norme Euro 6 (soit au mieux 2014) pour que l’on s’attarde vraiment sur ce polluant nocif qu’est le NOx, sans arriver au niveau des américains. L’apparition de nouveaux filtres à particules, mais aussi de nouvelles solutions SCR (utilisant l’AdBlue) permettait de faire passer le seuil de rejets de dioxydes d’azote de 180 mg/km (Euro 5) à 80 mg/km (Euro 6) au maximum. Mais aux States, il fallait respecter un seuil de 40 mg/km depuis plusieurs années avant l’Euro 6 !

« Green Car Of The Year », tout était tellement beau…

Du coup, cette fameuse Jetta Clean Diesel était équipée d’un 2.0 TDi 140 classique avec une boite manuelle 6 vitesses traditionnelle. La différence, c’est qu’elle possédait déjà un système de piège à NOx, différent de la dépollution à AdBlue. Jusque là, aucune fausse note. Le problème était que les filtres devaient monter à haute température pour fonctionner de manière optimale.

La seule solution était d’injecter du carburant en direct. Il en résultait donc une hausse de la consommation de carburant, et cette hausse dépassait les normes américaines de l’époque. Tout était une question de choix : soit consommer plus, mais rejeter moins de NOx, ou le contraire… Le premier lancement, annoncé pour janvier 2008, a été repoussé à l’été 2008 car les émissions de polluants n’étaient pas encore assez exigeants pour certains états. Et quelques mois plus tard, elle reçoit le sacre « Green Car Of The Year »… Comment ont-ils fait ? Le monde entier ne tardera pas à le savoir, quelques années plus tard…

TDi : Se faire une place au pays des V8 à essence

On peut résumer cela à un logiciel truqueur. Si seulement c’était si simple. Depuis 2009, Volkswagen pensait avoir lancé une véritable mode aux Etats-Unis, les ventes de voiture diesel augmentant. Mais ils étaient seuls, avec BMW et les Série 3 et X5 35d. Quand une association contre la pollution des transports décide de tester une quinzaine de voitures européennes roulant au gazole, dont trois étant vendues aux USA, Volkswagen a dû avoir chaud.

Ce test, au lieu de se faire sur rouleaux (où tout est modifiable), est réalisé sur route. Au final, les trois européo-américaines se sont vautrées. Mais la Volkswagen Passat (avec système AdBlue) nous a fait une masterclass, en rejetant 22,6 fois plus de NOx que le seuil maximum. Un nouveau test eut lieu, et ne pu que confirmer le premier. Le groupe VAG décide alors de lancer une campagne de rappel massive afin de corriger le logiciel moteur, et cela se fait en 2015.

Dieselgate : des tests qui n’ont fait qu’enfoncer Volkswagen…

De nouveaux tests sont effectués afin de vérifier si ce correctif est efficace. Au lieu de ne faire qu’un bref essai sur route après le test des rouleaux, on multiplie le nombres de sessions sur route. Cette fameuse VW Passat TDi Clean Diesel n’était « clean » que pendant un bref temps de roulage. En effet, l’injection d’AdBlue ne se faisait qu’une seule fois, ce qui est inefficace contre des rejets de NOx de plusieurs milliers de kilomètres d’affilée. Devant toutes ces preuves, Volkswagen n’a eu comme choix que d’avouer que le logiciel de gestion de l’antipollution était truqué. En effet, la voiture pouvait détecter une phase de test de pollution (montée à hauts régimes, roues non-motrices fixes, pas de mouvement de volant, …), et faire travailler les différents organes de filtration afin d’afficher de bons résultats.

Et les propriétaires, dans tout ça ?

Il y a plusieurs choses sur lesquelles les possesseurs de ces modèles avec moteurs truqués peuvent se plaindre. Il y a, tout d’abord, le fait d’avoir été trompé par la marque-même ! Plus concrètement, voici les conséquences du scandale Dieselgate envers les consommateurs :

  • Une valeur de revente de la voiture plus faible. Effet psychologique ou peur réelle ? Sûrement un peu des deux. En effet, le fait d’acheter un véhicule qui est lié à une affaire internationale qui a fait tant de bruit ne fait pas envie. Par contre, le fait qu’une série de véhicules soient interdits à la circulation pour cause de non-conformité est plutôt effrayant ;
  • Des troubles de fonctionnement depuis la mise à jour du logiciel. Pertes de puissance, à-coups, augmentation de la consommation de carburant et autres anomalies ont frappés plusieurs modèles équipés d’un moteur TDi et sujet à la fameuse campagne de rattrapage du groupe. De plus, il a été prouvé qu’au régime d’utilisation normal pour un diesel, le moteur perd jusqu’à 15% de couple (on parle de 70 Nm) et 10% de puissance (une dizaine de chevaux). Cela peut se ressentir et c’est forcément gênant… ;
  • D’autres organes de gestion de la pollution deviennent défaillants. Il n’y a pas évidemment que les catalyseurs et filtres à particules qui luttent contre les polluants d’un moteur thermique. Plusieurs cas de vannes EGR, régulant également les émissions de NOx, seraient défaillantes, ont été signalés. Les réparations peuvent monter à plus de 1 000 € ! ;

Du coup, vous imaginerez que les clients n’étaient pas forcément heureux d’être lésés plusieurs fois en achetant une seule et unique voiture. Aux États-Unis, les clients ont pu être indemnisés de manière plutôt directe. Les 480 000 propriétaires de véhicules au moteur frauduleux avaient le choix entre revendre leur véhicule à Volkswagen (à sa valeur d’avant-scandale), ou de le faire remettre aux normes. Cumulez à tout cela une prime pouvant monter à 10 000 € !

Des Américains trop sévères, ou des Européens trop laxistes ?

Volkswagen étant une société européenne, il y a fort à parier que des arrangements ont été pris sur le vieux continent. Que vous soyez français, allemand, italien ou même portugais, n’espérez pas que la marque allemande vous propose de reprendre votre TDi truqué à sa valeur d’avant-dieselgate.

  • En Allemagne, entre 1 350 et 6 257 € prévu par client. Il s’y est déroulé un grand procès, qui s’est soldé en avril 2020. Ce dernier opposait Volkswagen, évidemment, à pas loin de 235 000 clients allemands pas très satisfaits. Le jugement a tranché et le groupe automobile devra dépenser 750 millions d’euros pour régler « une bonne partie » des conflits « à l’amiable ». Bien trop gentil, comparés aux plus de 30 MILLIARDS d’euros que VAG a dû laisser aux États-Unis. Enfin, ce n’est pas grand chose en face du « pacte d’avenir » que Volkswagen a proposé à l’Allemagne. Ce plan de réduction visait à réaliser 4 milliards d’euros d’économie par an (entre 2015 et 2020) en supprimant 30 000 postes, dont 20 000 en Allemagne ! Bravo, personnellement, je n’aurais pas osé…
  • En France, c’est encore très frais ! En effet, le premier client indemnisé le sera sûrement qu’après la mi-2021, le procès s’étant conclu en mai de cette année. Dès lors, que peut-il espérer ? Ce propriétaire, résidant à Pau, réclamait (par le biais de son avocat) la somme d’une voiture neuve, soit plus de 25 000 €. Le problème est que sa VW date tout de même de 2010. L’indemnisation s’est donc faite sur un montant de 2 000 € pour la décote de la voiture, et 2 000 € supplémentaires pour le préjudice moral. Toujours mieux que rien. Reste à voir pour les autres clients, car, comme Volkswagen le rappelle, les tribunaux français rejettent les actions en justice contre eux depuis 5 ans…
  • Ailleurs en Europe, on ne s’en tracasse pas vraiment… À tort ou à raison ?

Je suis propriétaire d’un moteur TDi truqué, que dois-je faire ?

Que vous ayez une Volkswagen, une Seat, une Skoda, une Audi, ou toute autre voiture provenant du groupe VAG, vous êtes susceptible d’avoir été « abusé ». Mais abusé dans quel sens, au fait ? Les tests anti-pollution ont bien été truqués, mais les véhicules sujets à cette affaire ne sont pas de mauvais véhicules. Il vaut mieux, dès lors, ne rien faire. Ce scandale a fait beaucoup de bruit, des mouvements écologiques se sont lancés et le diesel a été bafoué (et l’est toujours). Cependant, une personne dans le besoin d’un véhicule d’occasion diesel ne pensera pas au Dieselgate. Ou alors, il est fou.

S’il existe une campagne de rappel faite par le groupe Volkswagen, nous ne pouvons que vous recommander de ne pas la faire. Les fameuses pertes de puissance et de couple, ainsi que tous les autres petits problèmes que cela peut occasionner, brideront les qualités de votre auto. Parce que oui, le 2.0 TDi 140 fonctionne vraiment bien, pour un diesel !

Pourquoi d’autres marques sont soupçonnées de frauder les tests de pollution ?

Parce que c’est un effet de mode ? Cela en a tout l’air. Dans le courant de ce printemps 2021, deux grands groupes automobiles bien connus ont été inquiétés pour avoir fraudé les tests de pollutions de leurs moteurs. Il s’agit d’abord de Volkswagen, bien sûr, mais Renault et Stellantis (oui, tout complet) se sont joints à la partie.

  • Mardi 8 juin 2021, le Groupe Renault est mis en examen par la justice française pour avoir fraudé des tests de pollution. Sur ses véhicules à moteur « dCi » produits de 2011 à 2018, Renault aurait installé un logiciel truqueur, tout comme chez Volkswagen, détectant les phases de mesures. Cependant, les seuls mesures seraient celles de clients, étant surpris par des écarts de consommation entre des relevés NEDC et l’utilisation réelle… Renault nie évidemment la présence d’un logiciel, et attend patiemment de voir si cela a vraiment un impact négatif sur l’utilisation de leurs véhicules.
  • Mercredi 9 juin 2021, le Groupe VAG annonce être mis en examen en France pour « tromperie ». En fait, si Volkswagen était un humain, on pourrait appeler cette nouvelle affaire, un acharnement. C’est en tout cas ce que le groupe allemand estime, après avoir déboursé des sommes astronomiques, notamment 1 milliard d’euros en Europe. Volkswagen doit déposer, dès lors, une caution de 10 millions d’euros et une garantie supplémentaire d’une petite soixantaine d’euros, au cas où ça tournerait mal. Tout cela parce que les juges d’instructions souhaitent poursuivre les investigations pour trancher définitivement. Bon, on parle tout de même d’une amende possible de presque 20 milliards d’euros…
  • Mercredi 9 juin 2021, toujours, c’est au tour de la marque au lion de se faire happer par cette prolongation du Dieselgate. Les moteurs concernés sont les HDi Euro 5 vendus en France entre 2009 et 2015. Peugeot a beau être sûre que ses diesels à filtres à particules sont propres, la mise en examen porte bien sur un danger pour la santé des humains et des animaux. Peugeot va devoir déposer une caution de 10 millions d’euros, et une garantie de 30 millions pour les divers premiers remboursements…
  • Jeudi 10 juin 2021, c’est au tour de Citroën de tomber sous investigation, pour les mêmes raisons que Peugeot. En fait, vous l’aurez compris, tout le groupe PSA va y passer, mais également le groupe FCA. La nouvelle alliance Stellantis est déjà menacée, alors qu’elle n’a pas encore soufflé la première bougie de son gâteau d’anniversaire.

Une fin du moteur thermique organisée ?

L’automobile est à un tournant de son existence, et il semblerait bien que beaucoup de « grands décisionnaires » de ce monde veulent appliquer leurs théories. Les ventes de véhicules diesel ont largement chutés depuis l’annonce du scandale, en 2015. La norme Euro 6 a beau être relativement propre (certains diesels étant plus propres que des essences à la sortie de l’échappement), cela ne fonctionne plus. Le peuple devra donc se diriger vers le véhicule électrique, car la fin du thermique est proche. Est-ce une solution technique raisonnable ? Non, loin de là, et nous aurons le temps de le prouver dans d’autres articles. Délocalisation de la pollution, black-outs électriques à cause de manque d’énergie, flambées des prix de l’électricité (déjà en cours), …

Oui, car le Dieselgate ne touche pas uniquement les moteurs diesel. Depuis la norme Euro 6d-Temp et le passage aux mesures WLTP, beaucoup de moteurs essence à injection directe (les fameux 3 cylindres downsizés) ont dû revoir leur gestion des échappements. Le filtre à particules est apparu sur beaucoup d’entre eux, tout comme la vanne EGR existait sur les moteurs essence depuis un bon nombres d’années. Si on fraude pour les moteurs diesel, pourquoi pas sur les moteurs essence ? On n’a pas fini d’en entendre parler, et dire que cela fait déjà cinq ans…

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Etienne Deketele-Kestens

De la Smart à la Bentayga, je peux dire que je suis complètement obsédé par le monde automobile. Intégrer l'équipe de PDLV et pourvoir donner ma vision des nouveautés chaque jour est quelque chose de génial pour moi. Ma "carrière" de blogueur a débuté il y a quelques années, et ceci, cumulé à mes études en mécanique auto, me permettront de vous proposer un contenu de qualité, tout en gardant le côté décalé cher à PDLV. Je roule en Peugeot 308 SW BlueHDI 130 finition GT Pack.

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