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Qu’est devenue Dickmobile, la voiture-pénis de Steve Paige ?

L’art, c’est subjectif mais aussi très personnel. Toute œuvre est l’incitation à une réflexion plus ou moins profonde sur un sujet. Parfois, il est assez difficile de conserver son esprit analytique quand l’œuvre en question est littéralement un pénis avec des roues. L’auteur de cette voiture hors du commun, c’est Steve Paige, un artiste américain qui dès 1969, eut l’idée de proposer quelque chose de différent pour interpeller le public. À la limite du blasphème, sa Dickmobile a logiquement beaucoup fait parler d’elle. Comprenons la démarche de l’artiste et voyons ce qu’est devenue la plus virile des voitures jamais produite.

Pourquoi avoir construit la Dickmobile ?

Dès le milieu des années ’60, Steve Paige remarque que le rapport à l’automobile est directement lié à la virilité. « Les gens devraient se détendre » clame-t-il. Désireux d’extrapoler le sujet, il se met à la recherche d’un projet destiné à ouvrir l’esprit des gens. Paige ne manque pas d’humour et c’est presque naturellement que l’œuvre prend la forme d’un gros chibre roulant. Le message est clair ! En plus d’interpeller les passants sur son passage, la Dickmobile – c’est son nom – a pour ambition de rentrer dans une galerie d’art… Et pas seulement !

La construction de la Dickmobile

J’aurais aimé vous documenter plus en détail la genèse du projet de Steve Paige et la réalisation sauf que les informations sont minces. L’auteur n’est malheureusement plus actif sur internet et n’a pas répondu à notre demande d’informations. La Dickmobile a donc vu le jour officiellement en 1969, dans le garage de cet homme, avec l’aide de sa copine. Mais avant de se mettre au volant de son véhicule phallique, il a encore fallu le créer. La base utilisée serait celle d’une Hillman Minx de 1954, une « vieille » berline peu puissante dont seuls le châssis et le moteur ont été conservés. La carrosserie a viré au profit d’une coque en acier calibre 18, avec des parties en fibre de verre qui imite très fidèlement la glace à deux boules. Les quatre roues gardent leur place initiale, mais les jantes sont celles d’un modèle plus ancien, peintes en rose.

Le design est on ne peut plus suggestif : c’est un pénis de plus de quatre mètres de long, pointé vers l’avant qui prend alors forme tout en conservant le châssis de base. Le conducteur et son passager sont relégués tout à l’arrière, chacun bénéficiant d’un spacieux testicule. L’ensemble est alors peint dans des tons rosâtres pour rendre l’illusion totale. Une grosse veine habille chaque côté tandis qu’un fin pare-brise est placé pour plus de confort. En cas de pluie, une capote manuelle peut être installée. On ne peut que rester admiratif face à cette pièce unique dont la finition semble remarquable. Vous vous en doutez, la Dickmobile n’est pas homologuée sur route… Du moins pas pour l’instant !

« Les gens ne savent pas quoi penser… »

Steve Paige a pour objectif de présenter sa voiture fraichement achevée dans des expositions, des galeries d’art et même à un salon automobile à la mode, à Los Angeles. Cette ville américaine, il ne la quittera d’ailleurs plu. À l’aube des années ’70, ce pénis roulant interloque et personne n’accepte l’auto dans sa galerie, de peur de choquer. Revanchard, Paige a placé brièvement son œuvre devant une exposition Rolls Royce et elle n’est pas passée inaperçue. Mais ça, vous vous en doutez certainement. Imaginez qu’au détour d’une rue, vous croisiez la Dickmobile…

À notre grand regret, nous ne sommes pas parvenus à retrouver les auteurs des clichés présentés dans cet article. Si vous les connaissez, merci de nous contacter pour que nous les créditions.

Puisque personne ne veut de sa voiture, l’américain a l’idée de l’homologuer sur la route, en Californie. Sous le gland et derrière la couille droite, on trouve donc des plaques d’immatriculation (480 CZW), avec éclairage et feux. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la Dickmobile est donc autorisée à circuler sur route ouverte. Dès les premiers kilomètres, les contrôles de police se sont succédé, certains craignant même des crises cardiaques de personnes âgées choquées. Certains sourient et Paige auraient même reçu des propositions de rachat de sa voiture. Pour autant, elle n’est toujours pas exposée.

Qu’est devenue la Dickmobile ?

La Dickmobile n’aura roulé que quelques mois, à peine plus de 800 kilomètres. Elle sera alors remisée pendant quelques temps avant de connaître ses heures de gloire. En 1972, l’album For Ladies Only, du groupe de rock Steppenwolf sort. La double page intérieur présente justement un cliché de la Dickmobile, ce qui la fera connaître au grand public. Hasard ou pas, le groupe se séparera la même année…

Quant à la Dickmobile de Steve Paige, elle aurait été détruite peu de temps après, en 1974. Il ne resterait que quelques fragments de carrosserie que Paige garderait précieusement. L’œuvre d’art n’est pas éternelle et l’auteur avait, semble-t-il, atteint son objectif. Le rapport à la virilité est toujours très marqué dans l’automobile. Ce qui était vrai dans les années ’60 l’est encore plus aujourd’hui. La notion de « prolongement phallique » prend tout son sens. Marqueur social, la voiture est lourdement porteuse de symbole. Par exemple, les grosses calandres montrent la virilité, le SUV permet de grimper conceptuellement dans l’échelle sociale tandis que les préjugés sont toujours plus nombreux avec toujours ce rapport à la virilité. On l’observe à tous les niveaux et le choix d’un véhicule est – souvent mais pas systématiquement – pas anodin.

Combien d’hommes n’assumeraient pas de rouler dans une Fiat 500 parce que cela atteindrait leur égo ? Pourquoi choisir des finitions sportives (GT Line, S Line…) sur des moteurs qui ne le sont pas ? Pourquoi ce besoin de montrer sa supériorité au volant par l’agressivité ? Une chose est certaine, l’aspect conceptuel est au moins aussi intéressant que l’œuvre artistique en elle-même. Si cette dernière a amené à penser, alors l’objectif est purement atteint. Et s’il prend la forme d’un gros zizi roulant, alors c’est encore plus réussi ! Bravo Steve !

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Thomas Drouart

J'ai fondé PDLV à 13 ans, c'était il y a... Pas mal de temps déjà ! Ma passion pour l'automobile n'a fait que s'intensifier. Depuis, ce blog a prospéré et nous permet de vivre notre passion à 100%. Mon pêché mignon ? Les Fiat Panda 100HP, les Porsche 911 type G et les brochettes bœuf-fromage. Je m'intéresse à tout ce qui roule, même si mon allergie au diesel me rapproche bien souvent du pistolet vert.

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