
Vega Missyl : la véritable histoire d’Étienne le Bolideur
En 2010, un reportage de France 3 Île-de-France présente Étienne le Bolideur. Âgé de 68 ans, cet ancien horloger reconverti en représentant de commerce explique son besoin de pouvoir se déplacer rapidement. Il présente alors sa Ford Sierra customisée, préparée à 935 chevaux et capable d’atteindre 380 km/h, selon ses dires. Devenu un mème culte, l’homme a attiré la sympathie de milliers d’internautes. Nous avons voulu rétablir la vérité sur cette préparation vraiment pas comme les autres.
Qui était Étienne Nelsom, alias « le Bolideur » ?
Lors du reportage, Étienne Nelsom réside à Chatou, dans les Yvelines. C’est dans la cour de sa cité que la rencontre a lieu. Sur Maps, j’ai même réussi à retrouver sa Ford Sierra stationnée ! Après avoir travaillé dans le domaine de l’horlogerie, il s’est reconverti en tant que représentant de commerce. Dans le reportage, il explique sa problématique et son besoin de se déplacer (très) rapidement. Propriétaire de sa Sierra depuis 26 ans, il décide de la transformer radicalement. Il baptise sa création « Vega Missyl », pour évoquer à la fois l’espace et la puissance.

Durant quelques années, Étienne a multiplié les apparitions. Il attire la sympathie et prend le temps de présenter sa voiture, suscitant des réactions assez diverses. Puis c’est le calme plat. Plus d’apparitions, rien. En 2014, des photos montrent la Ford Sierra dans une casse, en attente d’être broyée. Beaucoup s’imaginent alors que ce passionné est décédé. Pourtant, il n’en est rien. Cela, nous avons pu le vérifier en voulant entrer en contact avec lui. Les informations que nous avons eues à propos de son état de santé nous ont fait renoncer à cette rencontre.
Vega Missyl : 935 chevaux de puissance
Pour élaborer la Vega Missyl, Étienne Nelsom s’est servi de sa vénérable Ford Sierra, qu’il possède depuis 26 ans. C’est aussi sa première voiture ! Ce modèle de seconde série dispose toujours de son numéro d’immatriculation d’origine, à savoir 8896 SW 78, attribué en milieu d’année 1987. Cette berline familiale accueille un moteur 4-cylindres essence de 1.8 litre de cylindrée et 90 chevaux. C’est de loin le moteur le plus diffusé sur la Sierra. Une voiture assez « simple » donc mais qui envoie la puissance sur les roues arrière.

Pour que « ça pousse », Étienne affirme avoir remplacé le moteur, portant la puissance à 935 chevaux. Mais plus encore que la puissance, l’homme mise beaucoup sur l’aérodynamique. En réduisant la friction de l’air, la voiture « glisse » plus facilement et augmente sa capacité d’accélération. Cela passe par des évents, placés sur le toit. Au nombre de dix, ils compresseraient l’air, ce qui améliorerait la poussée. À l’arrière, on trouve un double becquet. Il y a toujours une ambiguïté quant à la masse annoncée. Les deux ailerons pèseraient-ils 80 kg ou fourniraient-ils un appui aérodynamique de 80 kg ? Mystère.
En tout cas, la Vega Missyl met dans l’ambiance, avec son bouton de démarrage rouge, inspiré par l’aviation. Mais rapidement, beaucoup sont sceptiques, notamment à cause du moteur qui semble d’origine ou encore les petites jantes montées sur les pneus d’origine, qui seraient bien à la peine pour atteindre la vitesse de 380 km/h…
Fiche technique de la Vega Missyl
- Modèle : Ford Sierra 1.8 litre essence de 90 chevaux préparée à 935 chevaux ;
- Aileron : 80 kg sur la malle
- Consommation : 25 litres aux 100 kilomètres
- Vitesse maximale : supérieure à 380 km/h
Vraie préparation ou coup de com’ ?
Étienne Nelsom affirme que la Vega Missyl est capable de « satelliser » ses occupants. Mais qu’en est-il vraiment ? Cette Ford Sierra n’a semble-t-il pas été passée sur un banc de puissance. Les séquences que l’on voit ne montrent pas non plus de performances exceptionnelles. Le visuel du moteur comme des roues laisse présager une « légère » surévaluation de la puissance réelle et de la vitesse de pointe. S’agirait-il d’une opération de communication ? Ce n’est pas impossible…
À la fin du reportage, on apprend que le fan de tuning cherche un sponsor, ce qui ajoute un intérêt financier. Cette vidéo avait-elle pour but de faire parler ? De mettre en avant son activité (bien que cela n’a pas été le cas) ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Son activité est d’ailleurs restée assez discrète… Si quelques vidéos YouTube sont ressorties depuis, elles n’apportent pas davantage d’informations au sujet de Vega Missyl.C
Ce qui rend la préparation peu crédible :
- Les petites jantes de 14 ou 15 pouces ;
- Les pneus de série, inadaptés à la haute vitesse ;
- La baie moteur qui semble d’origine ;
- Les freins n’ont pas l’air d’avoir été modifiés ;
- Pas de système de refroidissement additionnel capable de supporter une telle vitesse ;
- Pas de données techniques réelles sur le moteur qui aurait été installé.
Analyse physique de la puissance nécessaire
Pensons maintenant en terme d’ingénierie automobile. Pour estimer la puissance nécessaire pour atteindre 400 km/h, on utilise l’équation de la puissance aérodynamique, avec les valeurs réalistes d’une berline comme la Sierra (coefficient de traînée ≈ 0,34 et surface frontale ≈ 2 m²), on obtient environ 780 chevaux. La puissance de 935 chevaux permettrait donc théoriquement d’atteindre une telle vitesse.
Cependant, ce calcul ne tient compte que de la traînée aérodynamique. En pratique, il faut également considérer les pertes mécaniques, la résistance des pneus et les pertes dans la transmission, ce qui augmente significativement la puissance nécessaire. La puissance réelle requise dépasserait probablement 1 000 chevaux. Sans châssis adapté, sans pneus capables de supporter une telle vitesse et sans aérodynamique optimisée en soufflerie, il apparaît donc très improbable que la Vega Missyl puisse réellement atteindre ou dépasser la vitesse d’un TGV.
La triste fin de la Vega Missyl
En avril 2014, des photos montrant la Vega Missyl dans une casse automobile sont diffusées. On y aperçoit le bolide dans un bien triste état, avec une voiture sur le toit qui a détruit définitivement le pavillon et les évents. À l’époque, nous avions réussi à retrouver la casse en question puis à les interroger sur la voiture. Pas de communication sur le déroulé des événements. Le 4 avril de cette même année, la voiture est broyée sans qu’aucune pièce ne soit prélevée. C’est donc officiellement la fin de la Vega Missyl.

De là, beaucoup s’interrogent… Comment une personne qui aime tant sa voiture (et qui l’a depuis bientôt trente ans), peut-il la confier à la destruction après autant de temps passé ? Il est assez probable que la belle aurait pu être récupérée par un passionné pour être exposée… Les rumeurs enflent rapidement : et si Étienne était décédé ?
Le décès d’Étienne Nelsom
Faire du sensationnel n’a jamais été notre crédo et ne le sera jamais. Si nous avions renoncé au fait de rencontrer Étienne, c’est parce que les informations liées à son état de santé n’étaient pas vraiment compatibles avec notre projet vidéo. Contrairement aux rumeurs de 2014, Étienne Nelsom n’était pas décédé lors de la destruction de sa voiture. Il s’est éteint une dizaine d’années plus tard, en novembre 2024, à l’âge de 82 ans.
Il emporte avec lui le secret des 935 chevaux, mais laisse derrière lui l’image d’un homme sympathique et d’un passionné inclassable qui, à sa manière, a marqué l’histoire de la culture automobile sur Internet.
Pour approfondir sur la Vega Missyl
Étienne le Bolideur : 4 points clés à retenir
- L’homme : Étienne Nelsom, résidant à Chatou (78), ancien horloger devenu représentant de commerce et icône du web français suite à un reportage de 2010 ;
- La machine : une Ford Sierra 1.8 essence de 1987, transformée par un kit carrosserie artisanal (mousse, résine, ailerons) pour optimiser un aérodynamisme théorique ;
- Le mythe : Étienne annonçait une puissance de 935 chevaux et une vitesse de pointe de 380 km/h, des chiffres basés sur sa propre conception technique et aérodynamique ;
- La fin : la célèbre voiture a été broyée en casse en avril 2014. Étienne Nelsom est décédé dix ans plus tard, en novembre 2024, à l’âge de 82 ans.





