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Les curieuses navettes bicéphales du Mont-Saint-Michel

Érigé sur un îlot rocheux au nord de Beauvoir (Manche), le Mont-Saint-Michel est l’un des monuments les plus visités de France. Surplombé par une superbe abbaye, cet incroyable rocher se mérite. Entouré d’une baie marécageuse, le Mont est accessible uniquement depuis un pont-passerelle, inauguré en 2012. Inscrit au patrimoine de l’UNESCO, le lieu n’est pas accessible aux voitures. Il convient de se stationner dans un parking dédié puis d’emprunter de curieuses navettes, mises à disposition gratuitement du public : des Cobus DES ; un modèle unique au monde ! Les plus courageux peuvent également parcourir à pied les 2,5 kilomètres qui les séparent du Mont. Voici les principales informations à connaître sur ces bus hors-normes capables de circuler dans les deux sens !

Une vraie ligne de bus à part entière !

Pour accéder au Mont-Saint-Michel qui est redevenu une île, il convient donc de laisser son véhicule sur l’immense parking d’une capacité de 4 000 places, situé à 2,5 kilomètres du monument. On peut alors rejoindre, à pied, la gare d’embarquement des navettes qui assurent une ligne de bus nommée Le Passeur. Cette dernière est longue d’à peine deux kilomètres et comprend quatre points d’arrêt. Le premier prend le nom de Place des Navettes. C’est là que vous embarquerez, une fois que vous aurez laissé votre véhicule au parking. Trois quais sont présents pour canaliser les flux de visiteurs. Les navettes se stationnent en marche avant et repartent en sens inverse. Mais ça, on en reparlera un petit peu plus tard dans l’article.

Cette première gare de départ est relativement pratique d’accès. Les quais autorisent un accès rapide à bord des bus. On appréciera aussi le centre, qui permet d’obtenir des documents mais aussi d’accéder aux toilettes, en accès libre, sur le côté gauche du bâtiment en arrivant. On aperçoit également le dépôt des navettes, qui comprend 16 véhicules en exploitation commerciale. Dans les faits, l’intégralité du parc n’est jamais engagée. Lors de notre venue, quelques jours avant Noël 2023, seules deux navettes étaient engagées sur la ligne. Une fois à bord des navettes, un système de sonorisation annonce les arrêts, comme pour n’importe quelle autre ligne de bus. Des écrans indiquent les points d’arrêt en temps réel, c’est plutôt intuitif et traduit en plusieurs langues pour satisfaire les étrangers venus gravir les nombreuses marches du Mont.

Deux points d’arrêt, nommé Route du Mont et Barrage, constituent des points d’arrêt pour celles et ceux qui ont réservé une chambre d’hôtel au plus près du monument. Ensuite, les navettes s’apprêtent à franchir l’immense passerelle, longue de deux kilomètres, à accès réglementé et contrôlé par des barrières. Les véhicules s’y engagent, jusqu’au terminus. Ce dernier s’apparente en réalité à un simple point d’arrêt, à 350 mètres des premières marches du Mont. Tous les passagers sont invités à descendre, le temps que le conducteur change de cabine puis engage son véhicule sur la voie d’en face, pour repartir avec les passagers désirant rejoindre la terre ferme. Un départ a lieu toutes les 12 minutes et il faut cette même durée pour effectuer l’intégralité de cette courte ligne. D’ailleurs, la vitesse, sur la passerelle, est limitée à 25 km/h seulement…

Des navettes atypiques pour le Mont

Lorsqu’il a retrouvé son statut d’île en 2012, le Mont-Saint-Michel a retrouvé sa superbe aux yeux de beaucoup. À cette occasion, la passerelle a permis un accès privilégié, pour les piétons notamment. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent emprunter une navette. Ces dernières sont en accès libre. Et forcément, l’exploitant de l’époque, Veolia Transport, voulait marquer le coup. Ce sont donc des bus bien particuliers, uniques en leur genre, qui ont été commandés. Entre 2012 et 2014, ce sont pas moins de 12 navettes qui ont rejoint le parc. Elles sont accompagnées par une navette hippomobile, qui semble mise en stand-by jusqu’à nouvel ordre. Mais la plupart du temps, ce sont donc ces curieuses navettes qui assurent l’immense majorité des services. Forcément, le Mont-Saint-Michel est un lieu atypique et le fait d’arrêter les navettes sur un pont empêchait l’implantation d’une boucle de retournement.

Le cahier des charges, au moment de réserver les bus, impliquait d’avoir deux postes de conduite ; un à chaque extrémité. Et là, forcément, cela réduit grandement le choix des possibles. Le marché a donc été remporté par Cobus ; un industriel allemand spécialisé dans la conception de navettes d’aéroport. Il s’agit habituellement de bus de grande capacité, très larges. Pour l’exploitation du Mont-Saint-Michel, le modèle DES a été élaboré, suivant des contraintes importantes. D’un gabarit d’environ 14 mètres, ce bus bénéficie d’une esthétique unique, avec un poste de conduite à chaque extrémité, situé du côté gauche. Le design est donc unique

Le Cobus DES

Une telle architecture permet un retournement facile mais comprend aussi de lourdes spécificités. Par exemple, la transmission automatique est réversible, tandis que la direction est verrouillée du côté inverse du poste de conduite utilisé. Le moteur est implanté juste avant l’un des essieux arrière, amputant assez lourdement l’espace intérieur. Il s’agit d’un moteur Diesel CUMMINS de 6.7 litres, directement emprunté au Cobus 2500. Il développe une puissance de 225 chevaux, bien suffisante pour la petite vitesse de la ligne et répond à la norme Euro 5. Seulement, la question de la pollution de ces bus a été largement soulevée. Le nouvel exploitant, depuis octobre 2022, c’est Keolis. Cet exploitant a voulu alléger le bilan carbone des 12 navettes en circulation. Dès lors, la conversion au BioDiesel a été opérée la même année. Elle permet un allègement de la consommation et des rejets polluants.

Avec seulement 18 places assises et une capacité maximale de 74 personnes, les Cobus DES paraissent bien peu capacitaires pour le gabarit. Les deux espaces du poste de conduite ainsi que l’espace du moteur amputent assez fortement la place disponible à bord et c’est plutôt dommage ! En matière de design, ces véhicules ont pourtant fière allure. Leur design reste très contemporain et les habillages façon bois et acier rendent vraiment bien. Fait amusant, le rétroviseur, côté passager, se déploie de chaque côté du poste de conduite. Ces bus circulent toujours dans le même sens. En direction du Mont, le moteur est toujours situé vers la place des navettes, libérant davantage la vue. Il y a sans doute des contraintes techniques à ce sujet.

On accède à bord par deux grandes portes latérales, à double battant, sur chaque face. On découvre alors un intérieur plutôt lumineux, avec le toit partiellement vitré. Au fur et à mesure du trajet, la vue sur le Mont s’ouvre, c’est vraiment très cool. Les places assises sont en bois laqué, donnant un côté faussement ancien et ça rend bien. Le poste de conduite situé vers le Mont dispose d’une porte donnant accès à l’intérieur… De l’autre côté, l’accès n’est pas possible puisque le bloc moteur condamne la zone. On trouve des boutons pour demander l’arrêt et des écrans. L’ensemble est plutôt chic mais on a clairement la sensation que l’espace à bord reste très faible pour le gabarit. Déjà arrivés à mi-vie, ces Cobus DES pourraient être remplacés d’ici 5 ans.

Un parc de 12 véhicules

Actuellement, le parc se compose de 12 navettes Cobus. Toutefois, il faut aussi noter que quatre Mercedes Citaro K sont également présents, en guise de renfort. Les 12 Cobus ont été mis en circulation en deux lots. La première moitié en novembre 2012 et les derniers en juillet 2014. Il n’y a pas de différence entre les séries ; tous les véhicules disposent du même habillage extérieure et d’un intérieur identique. La numérotation de ces véhicules est d’ailleurs très particulière. Ci-dessous, vous trouverez le détail des différents véhicules du parc. La numérotation est à quatre chiffres. Les deux derniers indiquent l’année de mise en circulation. Les deux premiers sont attribués de manière chronologique, en fonction de l’année de mise en service. Les six véhicules de 2014 portent donc les numéros 0114, 0214, 0314, 0414, 0514 et enfin 0614.

NuméroModèleImmatriculationVINDates
0111Contrac Cobus DESCN-656-KQTWGSLA1A8218910042012 – …
0112Contrac Cobus DESCN-748-KQTWGSLA2A5218910072012 – ….
0212Contrac Cobus DESCN-672-KQTWGSLA2A7218910082012 – ….
0312Contrac Cobus DESCN-727-KQTWGSLA2A9218910092012 – ….
0412Contrac Cobus DESCN-693-KQTWGSLA2A5218910102012 – ….
0512Contrac Cobus DESCN-706-KQTWGSLA2A7218910112012 – ….
0114Contrac Cobus DESDH-986-RLTWGSLA1A6318910492014 – ….
0214Contrac Cobus DESDH-009-RMTWGSLA1A2318910502014 – ….
0314Contrac Cobus DESDH-041-RMTWGSLA1A5318910572014 – ….
0414Contrac Cobus DESDH-076-RMTWGSLA1A7318910582014 – ….
0514Contrac Cobus DESDH-050-RMTWGSLA1A9318910592014 – ….
0614Contrac Cobus DESDH-067-RMTWGSLA1A5318910602014 – ….

Visuellement, ces véhicules restent très contemporains et sont régulièrement pris en photo par les touristes (et par nous, accessoirement). Le problème de surcharge a régulièrement été souligné. Outre l’habitacle peu spacieux, les navettes sont donc bicéphales ; elles peuvent avancer d’un côté ou de l’autre. Dès lors, la présence de quatre roues directionnelles empêche l’implantation de roues jumelées, ce qui aurait permis d’augmenter la charge à l’essieu. La capacité reste donc plutôt faible pour le gabarit, ce qui nécessite d’augmenter les fréquences dès que nécessaire. La question du remplacement de ces navettes commence sans doute à se poser…

Combien coûte le ticket des navettes ?

Les navettes sont en accès libre. Une fois stationné sur le parking, vous pourrez librement voyager à bord des navettes, il n’y a pas de contrôle de ticket ou autre. Vous pourrez donc voyager autant de fois que vous le désirez et profiter du voyage, bien qu’assez court et long à la fois. Le prix du parking varie en fonction des parkings et du type de véhicule.

Dans notre cas, nous nous en sommes sortis pour 8 € pour trois heures, ce qui reste correct sachant que l’accès aux navettes et au Mont sont libres. À titre personnel, j’ai plutôt bien apprécié ces navettes, pour leur côté atypique. D’un point de vue purement pratique, le bilan est assez différent. Mais y avait-il vraiment moyen de faire les choses différemment. Comme souvent, les situations particulières nécessitent des solutions qui le sont tout autant. Ce parc de 12 véhicules, unique au monde, ne manque quand même pas de charme…

Et si vous aimez l’univers des transports en commun, sachez que c’est un domaine dont nous parlons très régulièrement sur PDLV.

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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