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Pourquoi la Volkswagen Golf attire les kékés ?

Si je devais commencer à lister tous les reproches qui sont adressés aux conducteurs de Volkswagen Golf, il faudrait me libérer plusieurs heures. La compacte allemande souffre d’une image largement entachée par le comportement de certains de ses conducteurs. Tuning douteux à bas prix, excès de vitesses en ville, frime ou encore comportement agressif sont autant de points largement pointés du doigt par les automobilistes. Mais alors, comment expliquer l’engouement des « kékés » pour la Golf ? Est-ce le modèle qui induit ce comportement ou bien la Golf agit-elle comme un aimant à kékés ? Essayons de comprendre ce phénomène avec une analyse rationnelle.

La Golf, c’est une super voiture !

Si toutes les générations de Volkswagen Golf ne sont pas impactées de la même manière… La raison est simple : la Volkswagen Golf figure dans le top 10 des voitures les plus vendues en Europe. C’est un modèle populaire, qui inspire la confiance et qui a ses adeptes. Depuis le lancement de la première génération en 1974 et plus de 35 millions d’exemplaires vendus, la Golf n’a plus rien à prouver. La fiabilité est globalement bonne, les finitions sont dans la bonne moyenne et il y a un large choix de motorisations.

Sur le papier, la Golf a donc tout pour plaire. Les modèles actuels sont choisis par des personnes qui cherchent une compacte moderne, jolie, bien équipée, confortable et économique, à l’usage, rien de plus. Les versions sportives ont aussi leur adeptes, tant en essence, qu’en hybride ou même en diesel. Et sur ces aspects, Volkswagen a pris une longueur d’avance sur la concurrence.

Les 8 générations réunies. Crédit photo : Volkswagen

Pourtant, la Golf est devenue un véritable totem kéké au fil des années. Le phénomène n’est pas nouveau. C’est une voiture qui a toujours attiré massivement. Si la majorité des conducteurs n’a pas de problème d’égo, beaucoup de kékés ne jurent que par la Golf. Pardon, LE Golf. Du fait de ce statut particulier, la Volkswagen Golf est devenue la voiture des « bad boy ». Main en haut du volant, fortes accélérations en ville pour impressionner (qui ?), anti-conformisme à propos de l’usage des clignotants, musique à fond avec les fenêtres ouvertes : ce sont autant de petites observations assez récurrentes, qui agacent. Et même si la majorité des conducteurs de Golf sont des gens normalement constitués, la minorité de kékés, bien visible, a suffi à anéantir l’image du modèle. Et c’est dommage…

Une icône intemporelle ?

Ce qui est intéressant, c’est qu’au fil du temps, les goûts des « kékés » ont évolué. La Golf IV a sans doute été la génération la plus massacrée. On était alors dans la période du tuning à l’excès et la compacte du début des années 2000 a largement souffert. Encore aujourd’hui, malgré d’excellentes aptitudes routières, elle constitue toujours un modèle de choix. La Golf V a encore renforcé le phénomène. Là, on était davantage dans une période « dark » avec des looks full black obtenus à l’aide de bombes de peintures achetées chez Action et appliquées sans apprêt. La Golf VI a été un petit peu plus épargnée mais elle connaît aussi un fort engouement chez les kékés. Quant à la Golf VII, elle est souvent encore trop onéreuse sur le marché de l’occasion pour s’affubler de tous les attributs pas chers de chez Wish.

Autre aspect qui interroge beaucoup, le besoin de se démarquer. Lorsqu’un kéké veut personnaliser SON Golf, il fait une « prépa ». Mais là encore, l’effet de mode entraine des modifications standardisées : passage des logos en noir, jantes noires, vitres surteintées, calandre de la version GTI… Et souvent avec une carte grise de retard (parce que ça coûte cher pour de la paperasse). Ces observations, beaucoup d’automobilistes les font au quotidien. Bien qu’il n’y ait pas de statistiques, les « kékés » ne représentent sans doute qu’une part très faible des conducteurs de Golf… Mais leur comportement les rend bien trop visibles. « Encore un mec en Golf, c’est même pas surprenant » : c’est le genre de phrases que l’on entend souvent. Et c’est souvent encore pire dans les rassemblements…

La Golf ? C’est presque un rituel…

Un ancien président français disait que si on avait pas la Rolex à 50 ans, on avait raté sa vie. La montre était alors assimilée à un statut, à un cap à atteindre. Aux yeux de beaucoup, la Golf joue aussi ce rôle de marqueur. S’offrir une Volkswagen Golf, même si c’est une épave, c’est franchir un cap. Le suivant, c’est souvent l’Audi RS 3 achetée en Allemagne avec le compteur trafiqué puis le Porsche Cayenne rincé. Avant la Golf, c’était la 50 à boîte qui dépasse les 100 décibels. Ce parcours standardisé exerce une pression qui compte aux yeux de certains. Adopter la Golf, c’est aussi adopter un mode de vie, un type de conduite. Les acheteurs « naïfs », souvent assez jeunes, reproduisent ces schémas qu’ils observent eux-mêmes. Ce nivellement engendre les comportements que l’on voit sur la route et qui exaspère tant.

Avoir une Golf, c’est avoir accompli quelque chose pour beaucoup, alors pourquoi se cacher ? Dans les rassemblements de voitures, inutile de commencer à compter les Golf : elles sont sur-représentées. Chacun est persuadé d’avoir une préparation digne d’intérêt, même si c’est la même chose que celle du voisin. Je vous épargne l’analyse du prolongement phallique transposé, mais c’est un petit peu l’idée. Le fait d’utiliser le pronom personnel masculin pour désigner le modèle renforce encore cela. Signe extérieur de statut, la Golf est fièrement exhibée, qu’importe que ce soit en positif ou en négatif.

Des légendes naissent même, comme le fait qu’un moteur diesel TDI de 110 chevaux en cacherait en réalité 130. C’est bien sûr faux mais cela participe au mythe. C’est tout un petit écosystème qui gravite autour de la Golf, avec des croyances souvent infondées. Aussi, les comportements à risques engendrent une accidentologie forte du modèle, ce qui a un impact sur l’assurance. C’est comme si l’assureur pressentait les jantes noires peintes à la bombe ou les freins à main tirés sur le parking du Lidl.

La règle : ne pas généraliser

Si la Volkswagen Golf attire les kékés, ce n’est pas une voiture de kéké pour autant, il faut bien faire la nuance. La grande majorité des conducteurs de ce modèle sont des conducteurs responsables, attentifs et qui ne cherchent pas à prouver quoi que ce soit. Si les kékés en Golf sont largement représentés dans le paysage automobile, ils demeurent toujours une minorité dans la circulation. L’image de la Golf est lourdement écornée mais ce phénomène n’est pas nouveau. La prochaine fois que vous croisez une Golf, ne généralisez pas, s’il vous plaît ! On connaît d’ailleurs pas mal de propriétaires de Golf qui ne remplissent aucun des clichés énoncés précédemment.

Volkswagen Golf 8 GTI Clubsport restylée

Pourtant, les conséquences sont bien réelles… Assurer une Volkswagen Golf coûte généralement plus cher qu’un modèle concurrent, les contrôles des forces de l’Ordre sont plus nombreux et les regards dédaigneux de certains automobilistes peuvent fatiguer. Les modèles les plus récents sont globalement épargnés. Mais qui sait ? Dans dix ans, la Golf 8 restylée deviendra peut-être le nouveau terrain de jeu des kékés 2.0, avec des LED multicolores et des autocollants.

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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