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Ça sent le sapin pour la boîte de vitesses manuelle…

Dans quelques années, il est assez probable que la pédale d’embrayage disparaisse définitivement des voitures neuves. La boîte automatique gagne du terrain, au point que la boîte manuelle ne représente plus qu’environ une vente sur cinq actuellement sur le marché du neuf. Et cette tendance ne devrait pas s’inverser, bien au contraire. Le déploiement massif de la voiture électrique condamnera-t-il définitivement la bonne vieille boîte de vitesses manuelle ? À vrai dire, la réponse est bien plus nuancée qu’il n’y paraît et la conclusion de cet article pourrait vous surprendre.

Une part de marché en constante baisse

Depuis quelques années déjà, la boîte de vitesses manuelle n’est plus la transmission dominante sur le marché. Nous avons consulté plusieurs sources qui évaluent sa part de marché entre 19 % en 2024 et 23 % en 2025, tous segments confondus. D’après nos collègues d’Auto Plus, la part descendrait même à 15 % pour le premier semestre 2026. Il suffit de regarder les configurateurs des constructeurs automobiles pour arriver à un constat : sur certains modèles, la bonne vieille boîte mécanique a totalement disparu. Souvent, ce sont les versions d’entrée de gamme des segments A et B qui en proposent encore. La boîte de vitesses manuelle serait-elle devenue un truc « de pauvre » ou « de vieux », comme on l’entend parfois ?

À vrai dire, pas vraiment, car elle symbolise aussi une certaine forme d’élégance et de plaisir de conduite. Pour beaucoup d’entre nous, et j’en fais partie, passer ses vitesses à la main donne la sensation de faire davantage corps avec certaines voitures sportives. Cela rend la conduite plus intense et maximise les sensations. C’est aussi pour cette raison que la boîte méca est toujours proposée sur certaines sportives d’exception. Chez Porsche, la boîte méca est considérée comme l’un des éléments indispensables aux yeux des puristes (comme la sellerie pied-de-poule, les jantes Fuchs et le moteur atmosphérique). La boîte manuelle ne renvoie donc pas du tout à la même image selon les automobilistes. C’est le choix économique pour certains, une habitude pour d’autres et une démarche passionnée pour une troisième catégorie.

Factuellement : la boîte manuelle n’a que des inconvénients

Mettons de côté l’onglet passion et ayons une approche purement rationnelle. De nos jours, les boîtes de vitesses automatiques n’ont jamais été aussi performantes. Elles profitent d’une gestion aux petits oignons et permettent même, selon leur conception et les modèles concernés, de moins consommer qu’une boîte mécanique équivalente, en passant les rapports et en rétrogradant au meilleur moment, avec des temps de passage réduits. C’est aussi plus de confort au quotidien, en n’ayant pas à se soucier de débrayer, d’embrayer ou de manier le levier de vitesses. Et surtout, les performances sont meilleures ! Si l’on prend l’exemple d’une Porsche 911 (992) GT3, le 0 à 100 km/h demande 3,9 secondes en boîte manuelle… mais 3,4 secondes avec la boîte auto PDK.

L’argument financier n’est même plus systématiquement valable puisque, si l’on reste chez Porsche, aucun surcoût n’est demandé pour la boîte auto sur la 911 GT3. C’est même l’inverse : la boîte manuelle est proposée sous la forme d’une option gratuite. Comme aux États-Unis il y a bien longtemps, les automobilistes européens semblent avoir adopté massivement la boîte auto.

La voiture électrique change la donne

Nous n’aborderons pas ici la notion d’écologie vue par l’Union européenne, ni même le bien-fondé (ou non, d’ailleurs) de certaines décisions gouvernementales qui incitent à passer à l’électrique. Toutefois, la part grandissante des voitures hybrides et électriques contribue à la disparition progressive (et très rapide) de la boîte manuelle. Parmi les exemples les plus connus, la Honda CR-Z était parvenue à concilier hybridation et boîte mécanique, mais elle a quitté le catalogue il y a bien longtemps.

Les jours de la voiture thermique étant comptés, les constructeurs automobiles semblent vouloir simplifier leurs gammes. Certaines versions d’entrée de gamme quittent le catalogue, en toute discrétion. Cela a par exemple été le cas des Renault Clio 5 SCe 65 peu avant le lancement de la sixième génération, de la Dacia Sandero équipée de cette même motorisation ou encore de la Peugeot 208 restylée, dont le moteur PureTech développait 75 chevaux dans sa version atmosphérique.

Un cercle vicieux irrémédiable…

La boîte manuelle ne perd pas seulement des clients, elle perd aussi des modèles. C’est un cercle vicieux : moins de choix, donc moins de demande, donc encore moins de modèles proposés. Mais finalement, cela ne semble pas vraiment déranger les automobilistes. Il n’y a finalement que nous, les passionnés, qui semblons encore éprouver cet amour pour la pédale d’embrayage et le levier de vitesses que l’on manie à longueur de temps…

Ce qui explique le désamour de la boîte manuelle

« L’essayer, c’est l’adopter » : cette phrase, on l’entend beaucoup et pas seulement de la part des bonimenteurs sur les marchés. La boîte de vitesses automatique apporte un confort indéniable et réduit la fatigue au volant, notamment lorsque l’on roule beaucoup ou que l’on circule régulièrement en ville. Ces boîtes de nouvelle génération n’ont jamais été aussi performantes, agréables et économiques. Alors pourquoi encore s’embêter à passer ses vitesses à la main ?

De plus, les auto-écoles et organismes de formation tels qu’Ornikar ou Stych proposent de plus en plus le permis BVA. Là encore, les avantages sont considérables : une formation minimale de 13 heures, contre 20 pour le permis « classique ». Le coût de formation peut donc être plus faible pour les apprentis conducteurs. Et si jamais l’envie de passer sur une boîte mécanique survient, il suffit de faire une courte formation de 7 heures. Le marché de l’occasion se gavant de voitures en boîte automatique, il est probable que cette passerelle intéresse de moins en moins.

Aujourd’hui, une partie des jeunes conducteurs n’entretient plus nécessairement le même rapport à l’automobile que les générations précédentes. Ils n’ont pas forcément la passion de l’automobile, ni même l’envie de s’embêter à passer les vitesses manuellement comme leurs parents. Ils perçoivent la voiture pour sa fonction principale : un moyen de transport. Dès lors, s’il est possible de s’affranchir du passage des vitesses, cette solution est retenue d’office…

Conduire ? Oui, mais différemment…

Nous côtoyons quotidiennement des automobilistes, avec des profils très différents. Lorsque l’on parle de boîte de vitesses automatique, il y a les conquis. Depuis qu’ils ont testé ce type de transmission, ils ne reviendraient plus jamais en arrière. De l’autre, il y a les indécrottables de la boîte manuelle, qui finiraient enterrés avec leur transmission s’ils le pouvaient. Là, c’est plus une question d’habitude et le besoin d’avoir le contrôle sur les choses. Les sceptiques sont plus rares, mais beaucoup d’automobilistes passionnés font un choix intelligent : le daily en boîte auto, la sportive du week-end en boîte manuelle. Et c’est probablement la meilleure alchimie.

Nous entrons dans un monde où la technologie fait partie intégrante des voitures. On utilise une voiture pour sa fonction principale : celle d’aller d’un point A à un point B. Les constructeurs automobiles améliorent sans cesse les aides à la conduite pour renforcer la sécurité, gagner en confort… Aujourd’hui, il devient tout aussi facile de conduire une mini-citadine qu’une supercar, alors que ce n’était pas le cas auparavant. La boîte de vitesses automatique devient un standard et déporte le plaisir de conduite. Beaucoup de conducteurs préfèrent un bon régulateur de vitesse adaptatif plutôt que de devoir passer leurs vitesses à la main.

On assiste donc à une transformation plus profonde qu’il n’y paraît du rapport à l’automobile. Les gens ne veulent plus « subir » leur voiture. Ils préfèrent la location à l’achat, pour permettre un renouvellement plus rapide et rester au goût du jour, comme pour un smartphone.

Une disparition totale ? Probablement pas…

Il est toujours question de l’interdiction de vente des véhicules thermiques à l’horizon 2035. Si cet objectif est maintenu, cela réduirait encore les possibilités de proposer des boîtes manuelles sur les voitures neuves. Seules quelques productions en volumes limités pourraient encore en proposer. Cela rendrait la boîte manuelle très rare et réservée à des véhicules d’exception. La perception évoluerait aussi, en lui donnant un côté exceptionnel, rare et émotionnel…

Le cas de Hyundai est intéressant puisque la IONIQ 5 N, par exemple, dispose du système N e-Shift, qui reproduit artificiellement les sensations et le feeling d’une boîte à double embrayage à huit rapports. Bien sûr, c’est assez artificiel, mais pour avoir testé assez longtemps ce dispositif, je trouve le rendu assez bluffant et très plaisant. Cela donne un côté plus onctueux, un ressenti faussement mécanique et du plaisir de conduite.

Cela rappelle ce que l’on voit aux États-Unis. La boîte de vitesses manuelle y est devenue très minoritaire et subsiste essentiellement sur certains modèles sportifs ou destinés aux passionnés. Seuls les automobilistes les plus passionnés font encore ce choix. Reste des interrogations sur la précipitation de l’arrêt de la boîte de vitesses manuelle. La norme Euro 7 ne semble pas la condamner directement. Le durcissement de certains seuils complexifiera toutefois la démarche des constructeurs.

Les conséquences sur le marché

Quelles seront les incidences sur le marché du neuf ? Comme évoqué précédemment, nous allons assister à une raréfaction de l’offre. Pendant quelques années encore, la boîte mécanique subsistera sur les « petites » voitures thermiques et sans doute sur quelques « petites » sportives, avant de devenir l’apanage des versions les plus exclusives.

En occasion, les voitures en boîte manuelle sont encore très nombreuses sur le marché. Même si cet échantillon n’est pas représentatif de l’ensemble du marché, nous avons consulté les petites annonces disponibles sur Leboncoin, incluant celles des professionnels comme des particuliers. Le jour où je rédige cet article, 805 753 voitures sont proposées à la vente, dont 399 731 équipées d’une boîte manuelle, soit 49,6 %. Inévitablement, le marché de l’occasion sera le reflet de celui du neuf. À mesure que les années passeront, les voitures en boîte manuelle seront de moins en moins nombreuses.

Verra-t-on le prix des voitures en boîte manuelle évoluer par rapport aux automatiques ? Je ne le pense pas, du moins pas à court terme, ni même à moyen terme. Les automobilistes ont des habitudes bien ancrées et une telle évolution est généralement assez lente à se concrétiser. Ce qui est sûr, c’est que la boîte de vitesses manuelle ne disparaîtra pas totalement… Mais elle restera confidentielle…

Finalement, la boîte manuelle pourrait connaître un destin assez paradoxal. Longtemps considérée comme une évidence, elle pourrait devenir demain un véritable argument de différenciation, voire un luxe réservé aux automobilistes les plus passionnés. Il y a encore quelques années, personne n’aurait imaginé devoir défendre l’existence d’une pédale d’embrayage. Et pourtant, nous en sommes là !

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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