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MG : une tentative de relance vouée à l’échec ?

Beaucoup de passionnés automobiles connaissent bien la marque MG, surtout pour ses magnifiques petits roadsters, au style très anglais et au tempérament assez sportif. Par contre, si vous ne vous souvenez pas avoir croisé une MG au coin de la rue, on ne vous en voudra pas. En effet, la marque a disparu du continent européen en 2005, à la suite de plusieurs rachats et de reventes par des gros groupes.

Voici 2020, et après plusieurs concept-cars annoncés depuis 2010 et d’autres voitures plus conventionnelles pour le marché asiatique (principalement chinois, la marque (qui n’a plus grand chose d’anglais) revient en Europe, avec un modèle pas très enthousiasmant. Le « nouveau » MG ZS pratique un mélange de style repris de diverses marques connues en Europe, ainsi qu’un intérieur n’inspirant pas une grande qualité de finition, bien qu’assez logeable… Suffisant pour effectuer un vrai retour, ou bien avons-nous affaire à un poussin tué dans l’œuf ?

Une vie bien compliquée

MG est né en 1924, il y a donc presque 100 ans, mais a réellement pris son indépendance quelques années plus tard. La marque anglaise n’a jamais cessé de s’étendre depuis sa création, malgré une conception de véhicules à usage plutôt exclusif. Bah oui, allez faire les courses pour les 15 jours à venir dans une MG, vous comprendrez que ce n’est pas une solution viable. C’est dans les années 60 que la marque anglais est rachetée par British Leyland et que les petits coupés et roadsters sportifs, tels que la MG-A, ont vu le jour. En fait, on peut résumer la popularité de cette marque à ces trois modèles. Après cela, tout est nettement moins réjouissant.

En avant plan, la MG-A, qui a fait office de roadster phare de la marque anglaise, entre 1955 et 1962.

Les visions étaient trop grandes et le budget n’a pas suivi l’évolution de l’entreprise. Dans les années 70, MG se déclare être en grandes difficultés financières, et licencie une bonne partie de son personnel. Cette décision sera regrettée, mais le sort de MG était scellé. En 1972, la marque est officiellement en faillite, et n’apparaîtra plus jamais de la même manière. Aucun nouveau modèle n’est sorti sous le blason MG à partir de cette date, jusqu’en 2005. Le groupe Rover possédait MG et Austin, et se servait du blason octogonal pour rééditer le succès des anciennes Austin, étant eux-mêmes déjà des roadsters. La MG-B et la MG Midget sont donc des Austin rebadgées.

La MG Midget, le roadster sportif qui a eu la plus longue carrière sous le blason MG, de 1961 à 1979. Elle fut divisée en 4 générations.

L’arrivée d’un investisseur chinois

S’en sont suivi deux autres rachats avant 2005, dont un en 1994 par BMW. Les allemands ont décidé de revendre une nouvelle fois MG en 2000 à Phoenix. Ils ont décidé de remanier complètement l’histoire de MG et créent en 2002, la TF, censée remplacer la MG F de 1995. Élue plus beau cabriolet du monde l’année suivante, la TF partage sa base technique avec une référence en plaisir de conduite : la Lotus Elise. MG exista aussi jusqu’en 2005 avec d’autres modèles qui n’étaient que des bases Rover pimentées. On pourra citer les MG ZS (113 à 180 chevaux sur la base de la Rover 45), MG ZT (110 à 260 chevaux sur la base de la Rover 75), ou encore une supercar exclusive baptisée XPower SV (s’échangeant neuve contre un chèque de 125 000 €). Toutes ont disparues en 2005 après la faillite de MG-Rover.

Les MG ZS (1ère génération) et ZR étaient en fait de simples Rover 45 pimentées. Kitsch, mais efficace.

C’est donc en 2005 que Nanjing rachète tout le groupe, ou presque. Un seul modèle MG verra sa carrière prolongée, mais uniquement en territoire chinois. La TF sera relancée à partir de 2007 jusqu’en 2011. D’autres modèles ont vu le jour à partir de 2007, mais uniquement des berlines compactes ou encore, un SUV… Rien de bien excitant, surtout quand on sait que plus aucune voiture à vocation sportive n’a vu le jour…

Un châssis de Lotus Elise, jusqu’à 180 chevaux, cheveux au vent, volant à droite, ligne intemporelle : n’est-ce pas la définition du bonheur ?

Un retour en Europe en demi-teinte ?

Honnêtement, la réinsertion d’un constructeur automobile dans nos contrées occidentales fait toujours plaisir, surtout si ses anciens modèles ont marqué les esprits. Mais, en 2020, est-ce que c’est encore possible sans que cela soit un succès commercial obligatoire, qui, en plus, doit être en mesure de répondre aux normes drastiques de pollution ? Visiblement, non. Le modèle qui nous revient reprend l’appellation ZS, et existe déjà depuis bientôt trois ans en Chine. Nous y aurons droit chez nous en version totalement électrifiée. On est donc bien loin du plaisir esthétique et technique de ses ancêtres, et c’est assez triste.

La MG 3 est une citadine que l’on pourrait comparer à une Suzuki Swift, mais uniquement pour la Chine.

De plus, lorsque l’on voit la MG TF, on avait vraiment affaire à une vraie gueule, avec une vraie personnalité. Alors, on peut dire que les constructeurs généralistes se copient tous dessus, mais les designers de la marque dorénavant chinoise reprennent carrément des éléments esthétiques d’autres marques. Et ça, malgré des tarifs intéressants, ça risque de ne pas passer auprès de la clientèle du vieux continent.

MG ZS EV : chercher un point positif ?

A part un prix d’attaque vraiment bas pour un véhicule électrique de ce gabarit (moins de 31 000 €, soit plus de 6 000 € en moins qu’un Peugeot e-2008) et un habitacle à priori spacieux (à tester), le MG ZS EV ne sera pas un véhicule qui devrait se vendre aisément. Tout d’abord, le style du SUV électrique chinois inspire un profond déjà vu. Ne cherchez plus : la face avant est un Mazda CX-3, à peu de choses près, et la vue arrière est identique à un Kia Stonic, à peu de choses près, une fois de plus. Le flanc, quant à lui, nous fera plus penser aux SUV Hyundai, à savoir le Tucson, mais aussi et surtout le feu iX35.

Son regard de Mazda CX-3 risque-t-il de se voir à tous les coins de rue ?

Pour ce qui est de l’intérieur, ce n’est pas vraiment une surprise. L’essentiel s’y trouve, avec la présence d’un écran tactile d’une taille correcte de 8 pouces, embarquant les connexions Android Auto et Apple CarPlay. L’interface, sur les illustrations, a l’air simpliste, mais ce n’est finalement peut-être pas plus mal. L’habitabilité a l’air plutôt correcte, avec un espace aux jambes plutôt correct à l’arrière, ainsi qu’un chouette volume de coffre de 448 litres. L’assemblage n’a pas l’air désastreux, mais altère le plutôt bon et le pathétique. La planche de bord se pare de cuir (à voir au toucher), ce qui reste plutôt flatteur, mais l’étage inférieur nous fait tout de suite chuter en altitude, avec un plastique à l’air dur et rayable. On n’en était pourtant pas loin, les gars…

Enfin, question technique, le MG ZS EV embarque un moteur électrique de 143 chevaux, qui seront nécessaires pour tracter la tonne et demi de ce SUV de taille urbaine… Cependant, avec plus de 350 Nm de couple, les démarrages et les relances ne devraient pas être un problème, avec un 0 à 100 km/h expédié en 8,2 secondes. Vous risquez cependant de vous faire doubler sur voies rapides allemandes à cause d’une vitesse maximale bridée à 140 km/h seulement.

Cibler un type de clientèle spécifique amateurs de SUV électriques

Cette clientèle sera principalement composée de jeunes grands-parents radins qui veulent un véhicule sécurisant (5 étoiles au crash-test EuroNCAP) et croyant qu’ils ne polluent plus la planète en roulant en SUV électrique. Ces personnes voudront une voiture disponible rapidement et qui ne demande pas de prise de tête lors de l’établissement du bon de commande. MG promet qu’il ne faudra pas attendre 9 mois pour prendre livraison de sa voiture (petit tacle à la concurrence, une fois encore), étant donné que du stock est présent. Il en va de même pour la recharge, le ZS EV demandant 40 minutes pour recharger à 80% ses batteries de manière rapide, et 7,5 heures pour les remplir complètement sur secteur, à la maison.

Oh, un Kia Stonic !

L’équipement est plutôt riche de base. Nous retrouverons dès l’entrée de gamme « Comfort » les jantes en alliage, le démarrage mains libres, un régulateur de vitesse adaptatif, un freinage automatique d’urgence et une aide à la conduite dans les embouteillages. La finition Luxury y ajoute les sièges en cuir électriques, le toit ouvrant panoramique, la caméra de recul ainsi que la surveillance des angles morts. Le constructeur chinois n’y va pas de main morte en proposant directement une garantie de 5 ans ou 150 000 km sur la voiture, et une autre de 8 ans ou 150 000 km pour les batteries et le moteur électrique.

Pour MG, le problème reste que sa réputation reste à se faire. De plus, trouver un concessionnaire ne sera pas aisé. MG a annoncé son retour en Europe, mais les garages qui pourront vous vendre une ZS EV sont trouvables dans 5 pays d’Europe. Il faudra donc aller en Belgique, aux Pays-Bas, chez les anglais, en Autriche ou même en Norvège (championne de vente du véhicule électrique). Un pari risqué pour les patrons de ces garages, qui ne prennent pas de risque en proposant MG en plus d’une ou plusieurs autres marques, comme Hyundai, Suzuki ou encore Mazda.

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Etienne Deketele-Kestens

De la Smart à la Bentayga, je peux dire que je suis complètement obsédé par le monde automobile. Intégrer l'équipe de PDLV et pourvoir donner ma vision des nouveautés chaque jour est quelque chose de génial pour moi. Ma "carrière" de blogueur a débuté il y a quelques années, et ceci, cumulé à mes études en mécanique auto, me permettront de vous proposer un contenu de qualité, tout en gardant le côté décalé cher à PDLV. Je roule en Peugeot 308 HDI 92.

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