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Audi R8 e-tron : arrivée trop tôt, partie trop tôt ?

Au salon de Genève 2015, les visiteurs ont pu découvrir un concept-car surprenant : l’Audi R8 e-tron. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une version électrique de la sportive de la marque. À cette époque pourtant pas si lointaine, l’électrique commençait déjà à occuper le terrain. L’Europe poursuivait sa chasse anti-thermique en affûtant ses malus écologiques de toutes sortes et les constructeurs commencent à envisager l’après-thermique. Pourtant, les propositions de sportives électriques ne sont pas toutes aussi sérieuses les unes que les autres. Et dans le cas d’Audi, cette R8 e-tron pue clairement la loose. Rien ne va. Voici les cinq points qui ont conduit à un échec assuré d’avance… Pour autant, une descendance pourrait arriver bien plus vite qu’on ne le pense.

1. Un style dégueulasso-futuriste

Comme beaucoup de constructeurs, les designers se sont sentis obligés de « saloper » le style de cette sportive allemande. Puisque l’Audi R8 e-tron est électrique, la marque s’est comme sentie obligée de l’afficher clairement. Pour cela, la calandre disparaît au profit d’un épais cache gris anthracite. Il est vrai que sur une voiture électrique, il n’y a pas besoin d’air pour faire fonctionner le moteur. Mais la marque a-t-elle pensé que les acheteurs d’une Audi R8 e-tron pourraient avoir du goût et refuser une calandre aussi abjecte ? À cela s’ajoutent des jantes pleines sensées favoriser l’aérodynamique. Et la question que je me pose, c’est pourquoi ces appendices stylistiques, propres aux voitures électriques, n’ont pas été implantés sur les modèles thermiques s’ils sont si indispensables ? Pourquoi ce besoin presque maladif de montrer à tout le monde que l’on roule en électrique ?

Les jantes de voitures électriques, c’est souvent la galerie des horreurs. Heureusement que les départements marketings ont toujours de bons arguments !

Dans le cas de cette Audi R8 e-tron, la marque aux anneaux peut toutefois compter sur son image forte pour rassurer. Le film I Robot, sorti en 2004 et réalisé par Alex Proyas, mettait à l’honneur un concept-car, l’Audi RSQ, qui a préfiguré la future Audi R8. Dans le film, on découvre un modèle un semblant de R8, au style totalement épuré, mais avec une vraie calandre. La R8 e-tron donne l’image d’une caricature détestable. Pour compléter le look futuriste, les écopes avant sont remplacées par une succession de bandes LED que même les « jacky tuning » n’auraient pas osée. Bref, le style ne marche pas vraiment et l’accueil est hautement mitigé. Sans être moche, l’Audi R8 e-tron semble un peu à côté de la plaque…

2. La charrue mise avant les bœufs

Ensuite, Audi a rapidement lancé la commercialisation de la R8 e-tron, sitôt le salon de Genève terminé… Beaucoup trop tôt. Forte de ses succès en compétition et notamment aux 24 Heures du Mans, la marque aux anneaux croît pleinement en sa technologie e-tron et pense convertir massivement. En série, cela est d’abord, passé par une phase de modèles hybrides rechargeables, je pense notamment à l’Audi A3 e-tron, que j’avais eue l’occasion d’essayer et qui était aboutie, malgré un prix de vente élevé, dès la fin 2014. Comme souvent, la démocratisation passe souvent par le développement d’une gamme à prix modéré. En ouvrant le bal de l’électrique pur avec son modèle le plus prestigieux (la R8), Audi voulait peut-être jouer la carte de la vitrine technologique pour vendre des modèles plus populaires. Sauf que les « audistes » sont un public déjà converti à la marque et à son histoire…

Pour autant, Audi a communiqué en ce sens et a même développé des produits dérivés de son Audi R8 e-tron comme des miniatures. Alors bien sûr, nous ne remettrons pas en question l’aboutissement du modèle en lui-même. Malgré tout, en perdant son délicieux moteur V10 atmosphérique, la R8 perd quelque peu de son intérêt. À la place, deux moteurs électriques lui ont été greffés pour une puissance cumulée d’environ 340 kW, soit 460 chevaux. Cela permettait d’effectuer le 0 à 100 km/h en 3,9 secondes. Un système de recharge innovant a été développé pour que la batterie puisse régénérer sa capacité de 92 kWh en moins de deux heures. Et même si tout cela est séduisant sur le papier, avec notamment une autonomie de 450 kilomètres, on se demande si c’était vraiment nécessaire dans l’immédiat, pour un modèle de niche.

3. Un prix de vente délirant

Le prix de vente de l’Audi R8 e-tron n’a été communiqué que bien après sa commercialisation. S’il allait débourser aux alentours de 160 000 € pour s’offrir une R8 à moteur V10 de 540 chevaux, la R8 e-tron franchissait clairement les limites du raisonnable. En effet, c’est près d’un million d’euros qu’il fallait engager pour s’offrir une Audi R8 électrique. Et là, forcément, on se questionne. Qui voudrait acheter cela ? Déjà, le passage à l’électrique est inéluctable à moyen et long terme. Il apparaît évident que cette R8 e-tron sera rapidement obsolète et qu’une R8 V10 essence sera sûrement bien davantage un collector d’ici quelques années.

Malgré tout, une centaine d’exemplaires aurait été vendue. À moins que je ne sois passé à côté d’un, il semblerait qu’aucun exemplaire n’ait jamais été sur le marché de l’occasion. La sportive électrique s’adresse à un marché de niche et il paraît évident que ce prix de vente sert avant tout à couvrir les coûts de développement. L’objectif d’Audi, c’est bien sûr d’étoffer cette gamme e-tron et c’est ce qui s’est passé peu de temps après, mais cette fois sur des modèles bien plus accessibles. De mauvais choix stratégiques sont indéniables malgré une bonne volonté… Audi a-t-elle tiré des leçons de ses échecs passés ? Pour rappel, l’Audi R8 fut aussi étudiée – en grandes pompes – pour être proposée avec un moteur V12 TDI. Là encore, la marque surfait sur ses victoires en compétition pour espérer décrocher le pactole. Mais là non plus, la recette n’a pas pris.

4. Un retrait en toute discrétion

Personne ne sait vraiment quand l’Audi R8 e-tron a réellement quitté le catalogue de la marque. Ce qui est avéré, c’est que cette période a duré moins d’un an et demi. Ensuite, Audi a retiré la déclinaison électrique de son R8. Cela s’est fait en toute discrétion, sans communiqué. La raison est évidente : un volume de vente très faible et probablement un déficit d’image. Si la voiture électrique tend à se généraliser ces dernières années, elle commence seulement (enfin) à se détacher de son image de voiture futuriste. Probablement arrivée trop tôt, l’Audi R8 e-tron a cumulé tout ce qui peut déplaire dans ce segment.

Je suis convaincu que si Audi avait attendu quelques années de plus, l’accueil du modèle aurait été totalement différent. La marque aurait pu faire base commune avec l’actuelle RS e-tron GT et la gamme aurait été cohérente. Malheureusement, la décision d’Audi ne semble pas avoir été la meilleure. Il faut admettre que ce constat a posteriori est toujours plus simple à faire qu’avant. En revanche, on ne peut pas enlever à la marque que les chiffres sont intéressants, aussi bien en matière de performance, que d’efficience. Bien que pour le même prix, vous pouviez vous offrir 6 Audi R8 à moteur V10 et optionnées. Audi comptait-elle faire du volume ?

5. Un modèle invendable ?

Enfin, il reste une question en suspens. Imaginons que vous ayez acheté une Audi R8 e-tron, à près d’un million d’euros. D’un coup, vous vous posez la question de la revente et la réalité vous arrive en pleine gueule. La décote ? Elle est probablement abyssale, surtout aujourd’hui où l’offre électrique s’est largement ouverte et démocratisée, avec des prix bien plus accessibles. Ceux qui ont fait l’achat une R8 e-tron ont tout intérêt à garder longuement leur voiture afin de limiter les pertes, même si elles semblent inéluctables et massives.

D’ailleurs, je me demande à quel prix pourrait partir ce modèle sur le marché de l’occasion. Nul doute que certains collectionneurs y verraient là une belle opportunité. Mais à quel prix ? C’est un petit peu comme cette TV 4K que vous avez achetée sur un coup de tête. Elle vous a coûté un bras et vous savez qu’aujourd’hui, elle ne vaut plus grand chose puisque la technologie s’est démocratisée…

Et pour la suite ?

Si la question de l’Audi R8 électrique semble avoir été balayée, cela n’est que temporaire. Pour rappel, l’Audi R8 repose sur une base développée conjointement avec Lamborghini. La première génération de R8 reprenait une base et la motorisation de la Gallardo tandis que c’est la Huracan qui fait route commune avec l’actuelle génération de R8. Alors qu’elle est commercialisée depuis six ans, la question du renouvellement de l’Audi R8 doit être envisagée. La sportive de la gamme – davantage orientée GT – devra alors évoluer pour s’adapter aux nouvelles contraintes. Selon les rumeurs, on parle d’une version hybride rechargeable ou électrique, basée sur la RS e-tron GT. À suivre.

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Thomas Drouart

J'ai fondé PDLV à 13 ans, c'était il y a... Pas mal de temps déjà ! Ma passion pour l'automobile n'a fait que s'intensifier. Depuis, ce blog a prospéré et nous permet de vivre notre passion à 100%. Mon pêché mignon ? Les Fiat Panda 100HP, les Porsche 911 type G et les brochettes bœuf-fromage. Je m'intéresse à tout ce qui roule, même si mon allergie au diesel me rapproche bien souvent du pistolet vert.

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