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Payer pour abimer une Viper ? Retour sur « Smash My Viper »

Imaginez seulement. Un jeune homme vous propose, pour $100, de rayer sa belle voiture américaine : une Dodge Viper RT/10. En échange, vous apparaissez dans une vidéo et vous auriez même le droit d’avoir quelques pixels sur son site internet. L’idée vous paraît certainement un petit peu folle. Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e). Lorsqu’en 2005, le site Smash My Viper a vu le jour, bon nombre de passionnés de belles voitures ont eu l’estomac retourné. Dans cet article, j’ai eu l’envie de reconstruire l’histoire de ce sulfureux site internet américain où l’on pouvait payer pour détruire une Viper RT/10 rouge à moteur V10. Une histoire assez malaisante mais pas moins intéressante pour autant…

Comment faire de la thune sans bosser ?

Ce titre de chapitre est peut être un petit abrupt mais c’est le nerf de la guerre. Jason G., un jeune américain de 23 ans, a le souhait d’ouvrir son propre bar. Pour cela, il a des rêves de grandeur et se donne le pari de récolter $1 000 000. Nous sommes alors en 2005 et ce jeune amoureux de voiture part d’un constat assez simple. Il dispose bien d’une Dodge Viper RT/10 de 1993, ce qui en fait déjà un privilégié puisque c’est une sportive prestigieuse à moteur V10 ! Pour autant, sa belle américaine a déjà plus de 10 ans et sa cote est au plus bas : à peine plus de $30 000. La revendre ne permettrait donc aucunement de financer l’ouverture de son établissement.

La Dodge Viper aura notamment été commercialisée sous le blason Chrysler.

En 2005, internet connaît une croissance impressionnante et différents concepts marchent plutôt bien. Il décide se s’inspirer de l’un d’eux et crée le site Smash My Viper, nous sommes alors le 6 décembre 2005. Ne perdez pas de temps à vous y rendre, le site n’existe plus mais le nom de domaine a été réservé par une entreprise qui n’a aucun lien avec le site originel. Jason G. s’associe avec son ami David P. Ensemble, ils élaborent le concept d’un site où, sur une page composée d’un million de pixels, il est proposé d’acheter des petits carrés de 10 x 10 pixels (pour la plus petite taille). Sur ces pixels, vous pouvez mettre le logo de votre entreprise, par exemple.

Voici un flyer d’époque.

En contrepartie, chaque achat vous donne le bruit de venir « endommager » la Viper. Plus vous payez, plus vous avez le droit de faire de gros dommages. À cette époque, les sites proposant de la location d’espace publicitaire sous cette forme marchent plutôt bien. Alors Jason et David ont surfé sur la tendance en y ajoutant une dimension spectaculaire : celle de pouvoir endommager une belle voiture américaine de prestige… Pour rappel, la Viper RT/10 est la première génération d’une longue livrée qui perdure encore. Commercialisé dès 1992, ce modèle reçoit un moteur V10 essence de camion (8.0 litres) qui délivre 364 chevaux.

Faire payer les gens pour « smasher » la Viper

Les deux compères comptent sur l’effet choc pour faire parler du projet. Et cela marche ! Lorsque la première vidéo est mise en ligne, l’accueil est impressionnant. Les vues augmentent assez vite. Dans cette vidéo, on y perçoit deux Dodge Viper RT/10, parées de stickers « Smashmyviper.com » sur les côtés. Celle qui dispose des jantes d’origine n’est là que pour l’apparat, on ne la verra dans aucune autre vidéo que celle de l’introduction. La seconde, posée sur les jantes BBS, est celle qui subira les sévices. Dans des positions suggestives, avec des décolletés plongeants, plusieurs demoiselles ont été recrutées pour faire les mannequins et inciter à dépenser son argent. Car en effet, si vous n’avez pas la possibilité d’aller jusqu’en Virginie, il vous est possible de demander à ce que les dégâts soient infligés par l’une d’elle.

Vous trouvez la recette stupide ? Ce n’est pas le cas de tout le monde. Dans les semaines qui suivent, bon nombre de médias font écho de Smashmyviper. Sur les forums, alors très en vogue, beaucoup sont amers. Ils déplorent l’initiative et ce concept qui fait le buzz. Ebaums World, Washingont Times, Autoblog, Autoweek, AdRants ou encore Top Gear ne manquent pas de communiquer sur l’initiative. Rapidement, les premiers pixels sont réservés sur le site. En effet, la notoriété est assuré car même si le concept choque, il a de bons échos médiatiques.

À chaque réservation, une vidéo est mise en ligne, mettant bien en avant le site internet de celui qui a payé sa visibilité sur le site et, de facto, des dégâts sur la Viper. S’ensuit alors le dégât infligé à la belle américaine. On notera que la formule la plus appréciée à été la moins chère, celle donnant accès à un carré de 10 x 10 pixels sur le site. Pour ce prix, vous pouviez rayer sur quinze centimètres la Viper, à l’endroit de votre choix. Les participants ne se sont pas faits prier d’autant plus que l’offre 1 pixel = $1 est attractive. Certains y mettent toute leur force pour laisser une empreinte.

Le micro, près des rayures, est très crispant. Mais il fallait faire le show !

Le micro, placé à quelques centimètres de l’objet contondant en action, permet d’entendre l’horrible raclement de la peinture égratignée. Le spectacle est entier pour ceux qui sont venus le voir. À titre personnel, j’ai toujours un petit peu de mal à comprendre l’intérêt de la démarche. D’ailleurs, je n’avais que 12 ans lorsque le site a vu le jour… Et j’avais toujours dans un coin de ma tête ce site qui m’avait marqué (pas dans le bon sens). C’est donc pour ça que j’ai souhaité approfondir le projet et vous expliquer ce qu’est devenu Smash My Viper dans les semaines et mois qui ont suivi les premières vidéos.

Beaucoup de rayures, de trous… Et des plumes !

Six vidéos de dommages ont été mises en ligne, ce qui représente une bonne vingtaine de personnes ayant accepté de payer pour détruire l’innocente Dodge Viper RT/10. L’immense majorité des personnes a opté pour le plus petit forfait, a $100, ce qui permettait donc de faire une rayure d’une quinzaine de centimètres. Un « client » plus fortuné a opté pour le forfait à $500, qui lui a permis de faire un trou, à la perceuse, dans le couvercle de la boîte à gant. Un autre a choisi le capot. Si vous aviez $1 000 à jeter par les fenêtres, vous pouviez utiliser tout objet (de moins de 2,5 kg) pour endommager la Viper. À $2 500, la batte de baseball vous attendait. Et pour $5 000, vous aviez carte blanche, mais dans la limite du raisonnable. La suggestion du chef ? Accueillir, pendant une semaine, un cochon à bord de la Viper.

Du beurre de cacahuète, des plumes… Et pourquoi pas ?

Si vous rajoutiez $100 à la prestation, c’est l’une des trois demoiselles qui s’en chargeait et vous pouviez même choisir celle de votre choix… Bref, tout était là pour assurer le spectacle. Seulement, la recette ne marcha pas aussi bien que prévu. En novembre 2006, seulement $6 000 ont été récoltés, soit moins d’un pourcent de l’objectif initial : le million de dollars.

Les deux compères s’interrogent et trouvent finalement un client qui débourse $1 000. Cette fois, pas de vidéo. Mais on peut y découvrir la Viper couverte de beurre de cacahuète puis de 5 kg de plume. Ce dernier spectacle marquera la fin de l’aventure. Le public n’est plus vraiment réceptif, l’effet s’est estompé très rapidement et Smash My Viper est alors tombée dans le silence. Mais pourquoi un tel essoufflement ? Que peut-on en tirer ?

Smash My Viper : une fin prévisible ?

En décembre 2006, soit un an après son lancement, le site a généré en tout et pour tout $7 000. Il s’agit bien sûr d’une jolie somme. Mais elle est bien éloignée de l’objectif initial. Jason et David prennent conscience que le concept s’est essoufflée. La grille de pixels à réserver est désespérément vide. Ils décident alors de proposer le site à la vente, au plus offrant. Un bandeau rouge incite les intéressés à envoyer leurs offres par mail. Mais là encore, rien ne concluant.

Le site connait une baisse drastique de ses visiteurs et pour limiter la casse, une mise aux enchères est organisée sur SitePoint, qui consacrait alors une rubrique dédiée aux sites web à vendre. Le trafic du site est estimé à 19 414 visiteurs mensuels, ce qui est relativement bas. À l’inverse, Smash My Viper dispose d’un PageRank de 5. Cet ancien indice de Google classifiait les sites avec une note de 0 à 10. Un score de 5, c’est tout à fait respectable.

Seulement bien vite, les commentaires, sur la page des enchères, soulignent un malaise. Beaucoup considèrent que les statistiques annoncées sont factices. Le premier mois de sa mise en ligne, 127 000 visiteurs uniques avaient été enregistrés avant une décrue continue. La page MySpace, également concernée par la mise en vente, totalise seulement 1 500 amis. Preuve du malaise, Jason G. évoque avoir testé la régie publicitaire Google AdSense et n’en avoir tiré que $100. Tout indique que les statistiques étaient donc bien plus basses que prévues.

Des enchères… très basses !

En tout, seulement trois enchères ont été passées. La première, provenant d’un certain « Engeniz », était à $300. « Arius » a enchéri la minute suivante à $310 avant qu’une enchère privée à $350 ne vienne. Cette dernière a été refusée. Là encore, nous sommes sur des sommes relativement basses mais qui concordent avec l’image d’un site mourant. En effet, le site est libre d’être réutilisé mais les photos, qui appartiennent à Jason G. et David P. en sont supprimées. « Ce que vous faites nous importe peu. L’unique chose est que nous serons toujours propriétaires des photos et vidéos que nous avons prises/faites« .

On notera qu’il est précisé explicitement que la Viper RT/10 n’était pas comprise dans la vente aux enchères. Le site est finalement dé-publié en mars 2007 avant de revenir une première fois en 2011. Toutefois, seul le nom a été repris. Il n’y a plus le moindre lien entre l’ancien Smash My Viper et sa version actuelle ! L’intégralité des recherches de cet article a été réalisé en fouillant dans les archives d’internet afin de pouvoir reconstituer l’historique de ce projet. Des données qui sont accessibles librement et gratuitement donc !

Si le projet a été un échec, le duo a toutefois réalisé un petit bénéfice, au détriment de cette pauvre Dodge Viper RT/10 qui n’avait rien demandé. N’oublions pas que des dépenses ont du être réalisées pour établir ce projet. Il y a eu une équipe de caméraman, les « hôtesses », la communication, l’habillage des Viper et bien sûr, l’organisation des sessions de dégradations et les produits dérivés, comme les casquettes et les tee-shirts. Bon, et la Viper, qu’est-elle devenue dans l’histoire ?

Une remise en état peu coûteuse !

Jason G., qui a sacrifié sa Dodge Viper RT/10 dans l’espoir de récolter son million de dollars, a logiquement dû se poser la question du devenir de la voiture. Comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu l’envie d’en savoir plus. La plaque d’immatriculation de cette belle américaine étant systématiquement dissimulée, plusieurs heures de recherches m’ont été nécessaires pour parvenir à en savoir plus.

Cette Dodge Viper RT/10 de juin 1993 aurait été achetée par Jason en août 2000, à ses 18 ans. C’est donc seulement cinq ans plus tard que Smash My Viper a vu le jour. Si l’homme paraît amusé lors des séances de « smashage », on imagine qu’il devait avoir un petit pincement au cœur à chaque nouveau coup de clé.

Lorsque Smash My Viper prend fin, il prend la meilleure décision quant à sa Viper : la remettre en état. Comme il l’explique en réponse à un commentaire sur la page de vente aux enchères, les dégâts sont très localisés et peu nombreux. Les voici en détails :

  • Rayures profondes (capot, porte conducteur, pare-choc avant) ;
  • Rayures légères sur toute la carrosserie ;
  • Deux trous dans le capot ;
  • Un trou dans le couvercle de boîte à gant ;
  • Un nettoyage en profondeur.

Selon Jason, le montant des réparations s’élevait autour des $2 000. Heureusement que la batte de base n’a pas servi… Une fois remise en état, il conserva la Viper ! Il semblerait par ailleurs que celle-ci soit toujours en sa possession. La belle a retrouvé ses bas de caisse partiellement noirs et les jantes BBS ont été remplacées par des jantes chromées à cinq doubles branches. Une histoire qui se finit donc bien !

Le mot de la fin

Chacun pourra se faire sa propre opinion sur Smash My Viper. On peut parler d’un échec puisque l’objectif n’a pas du tout été atteint. Mais Jason a malgré tout réussi à réaliser un petit bénéfice tout en faisant parler de lui dans le monde entier. L’aspect spectaculaire a clairement fait parler de lui. Malheureusement pour lui, le phénomène de mode des grilles de pixels a été très éphémère et cela a sans doute contribuer à amplifier le problème. Dans tous les cas, c’est une happy end puisque Jason possède toujours sa belle Viper. Au moins, il ne doit pas manquer d’anecdotes à son sujet !

Enfin, je terminerais par rappeler que si le site existe toujours, il n’a plus aucun lien avec le précédent site. Il s’agit simplement d’un rachat de nom de domaine. Nous sommes très attachés au respect de la vie priée, c’est pourquoi nous ne diffuserons pas de photos actuelles de la voiture ni même d’informations permettant d’identifier son propriétaire ou encore le numéro d’immatriculation actuel.

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Thomas Drouart

J'ai fondé PDLV à 13 ans, c'était il y a... Pas mal de temps déjà ! Ma passion pour l'automobile n'a fait que s'intensifier. Depuis, ce blog a prospéré et nous permet de vivre notre passion à 100%. Mon pêché mignon ? Les Fiat Panda 100HP, les Porsche 911 type G et les brochettes bœuf-fromage. Je m'intéresse à tout ce qui roule, même si mon allergie au diesel me rapproche bien souvent du pistolet vert.

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