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En France, les « vieilles » occasions ont la cote

Durant le premier semestre 2024, une voiture d’occasion sur deux, achetée en France, avait plus de 10 ans. Des chiffres importants qui témoignent de l’engouement pour les voitures plus anciennes. Dans les faits, il y a cinq raisons assez simples qui expliquent cet attrait pour les « vieilles » occasions. Pour l’anecdote, 28 % des occasions étaient même âgées de plus de 15 ans. Alors que le marché de l’occasion a connu d’importants chamboulements ces dernières années, comment expliquer ce vieillissement du parc automobile français ? Pour l’anecdote, c’est Citroën qui comprend le plus de transactions de voitures âgées avec pas moins de 34 % de modèles de plus de quinze ans. Sans plus attendre, voici les principales raisons.

La quête de fiabilité

Qui n’a jamais entendu le fameux « c’était mieux avant » ? Dans le domaine automobile, c’est une expression que l’on entend très régulièrement. Les voitures actuelles ont progressé sur de nombreux aspects : elles sont plus technologiques, plus sécurisantes, souvent plus économiques en carburant… Mais elles ont aussi davantage de dispositifs antipollution, ce qui augmente inéluctablement le risque de pannes. De plus, les constructeurs doivent tellement pousser l’aboutissement de leurs moteurs que, parfois, la fiabilité est chute libre. L’affaire des moteurs PureTech ne vous a sans doute pas échappé. Lorsque l’on souhaite faire l’achat d’une voiture d’occasion, on veille logiquement à ce que cette voiture soit fiable. Les véhicules hybrides et électriques actuels le sont généralement mais il y a toujours ce manque de recul sur les coûts à moyen et long terme…

Une voiture d’occasion a quelques années de conception… Et cela se ressent assez souvent en matière de fiabilité. La plus grande simplicité apporte souvent un risque moindre même s’il existe une multitude de moteurs pas fiables ! Toujours est-il que ces véhicules sont souvent plus économiques à l’usage, du fait que les pièces se trouvent à moindre coût, que l’assurance tous risques n’est pas toujours nécessaire en fonction de la valeur… Tous ces paramètres font que beaucoup de personnes s’orientent aujourd’hui vers des voitures un peu plus anciennes. Aussi, un grand nombre de personnes apprécie davantage les modèles plus anciens, qui délivrent souvent plus de sensations, en fonction du segment. Il faut bien reconnaître qu’un vieux moteur Diesel est généralement bien plus endurant qu’un homologue actuel, dont la conception est beaucoup plus pointue.

Le coût de la carte grise

Un autre paramètre qui rentre pleinement en compte, c’est le coût de la carte grise. Le montant de la taxe régionale, qui varie entre 27 et 55 € par cheval fiscal, représente une dépense très importante. Le fait de choisir une voiture d’occasion ayant au moins 10 ans permet de diviser par deux le montant de cette taxe. À quelques euros près, cela permet de diviser par deux l’édition du certificat d’immatriculation.

Cela représente donc quelques économies intéressantes surtout s’il s’agit d’un véhicule de plus faible valeur, qui ne sera pas assuré en tous risques. Choisir un véhicule plus ancien permet de faire des économies à tous les niveaux et c’est ce qui plaît autant. Pour celles et ceux qui bricolent régulièrement, un modèle plus ancien permet généralement une meilleure accessibilité à la baie moteur, ce qui facilite les opérations d’entretien à la condition, bien sûr, de ne pas acheter un Renault Modus !

La baisse du pouvoir d’achat

Je ne vous apprends rien : on vit une époque économiquement pas très cool. Le coût de la vie explose et l’inflation a un impact lourd sur le budget des foyers. S’offrir une voiture neuve devient un luxe. C’est ce qui explique aussi pourquoi il y a un tel engouement envers le leasing. Seulement, beaucoup préfèrent encore rester propriétaire de leurs voitures. Dans ce cas, le marché de l’occasion devient un choix par défaut car, pour ne rien arranger, les taux d’intérêt des crédits ont déjà été plus compétitifs. Cela explique aussi pourquoi tant de personnes s’orientent vers des modèles d’occasion. Mais pour ne rien arranger, il y a un déséquilibre assez prononcé sur le marché de la seconde main, qui touche plus particulièrement certains segments en particulier.

Le leasing pour les voitures d’occasion connaît un gain d’intérêt assez fort mais il s’agit essentiellement de véhicules relativement récents, qui ne correspondent pas nécessairement aux besoins de celles et ceux qui ont un petit budget. Car forcément, un véhicule récent sera aussi plus cher à assurer, à entretenir…

Une offre devenue inégale

La prime à la conversion a poussé vers la sortie des milliers de voitures à « petit prix » qui auraient pu faire le bonheur des jeunes conducteurs. De nos jours, les voitures vendues autour des 1 000 € deviennent très rares alors que la demande est pourtant en très forte augmentation. Dès lors, certains segments sont très recherchés, à l’image des mini-citadines et citadines à moins de 3 000 €. La demande est tellement forte que les prix étaient partis largement à la hausse jusqu’à atteindre un plafond de verre il y a quelques mois. Depuis, les prix se sont un petit peu calmés mais il y a toujours un déséquilibre fort. Le leasing fait que le marché est inondé de modèles d’occasion allant de 2 à 4 ans. Ce n’est pas une mauvaise chose car ces véhicules sont généralement bien entretenus…

Mais la forte croissance du leasing fait que le turnover habituel du marché de l’occasion est perturbé. Certains modèles n’attirent plus du tout et se trouvent aujourd’hui dans des ordres de prix très bas. En parallèle, beaucoup de conducteurs ont des goûts très standardisés, ce qui engendre une surcote injustifiée envers certains modèles, comme les Volkswagen Golf. Acheter une voiture d’occasion actuellement peut devenir un véritable casse-tête. Et puisque la plupart des personnes ont des requêtes similaires, on assiste à un renforcement de ce déséquilibre. Malheureusement, la situation n’est pas prête de s’arranger, bien au contraire…

La mise en place des ZFE

Enfin, la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) a un impact très important pour les urbains. Puisque l’autorisation de circuler dans certaines métropoles est corrélé à la vignette Crit’Air, le message est clair : il faut s’orienter vers des modèles plus récents, dotés, au minimum, d’une vignette Crit’Air 2. Pour les véhicules à moteur essence, cela concerne tous les véhicules à moteur essence mis en circulation à partir du 1er janvier 2006 et les diesel à partir du 1er janvier 2011. Cela permet donc de s’offrir un véhicule de plus de 10 ans. En revanche, les véhicules affublés d’une note de 3 sont délaissés. C’est tout le problème de ce système arbitraire qui ne tient compte que de la date de mise en circulation d’un véhicule et non pas de son impact environnemental réel.

Beaucoup cherchent donc à se débarrasser rapidement de véhicules « anciens » tandis que d’autres, moins concernés par ces problématiques, vont en profiter pour s’offrir une occasion à bas prix. Vous l’aurez compris, il y a de nombreuses raisons qui expliquent pourquoi le marché de l’occasion est autant déstructuré actuellement. Il est assez difficile de cerner l’évolution des cotes des véhicules thermiques dans les années à venir. Le gouvernement ne manquera sans doute pas d’idées pour faire le tri à sa manière… Toujours est-il que l’on comprend assez bien pourquoi une personne sur deux fait le choix d’une voiture d’occasion de plus de 10 ans.

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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