Pratique

La vignette Crit’Air bientôt obligatoire pour les vélos ?

C’est un texte de loi voté dans la discrétion la semaine dernière qui risque de provoquer un séisme chez les usagers de pistes cyclables. Dès la rentrée prochaine, les métropoles françaises étendront le dispositif Crit’Air aux cycles. L’objectif ? Désengorger des pistes cyclables arrivées à saturation. Contrairement aux véhicules, l’attribution du score ne se fera pas sur les émissions de CO2 mais sur le type de cycle.

Une mesure pour l’équité routière

Ces dernières années, les pistes cyclables se sont largement multipliées partout dans l’hexagone, principalement dans les métropoles. Souvent, ce sont des voies routières qui sont converties en piste pour les vélos. Toutefois, la multiplication des mobilités douces a conduit à un encombrement de ces voies réservés. Jean-Michel Guidon, porte-parole du comité de la régulation des flux à Paris évoque « une saturation inédite des grands axes », nécessitant de mettre en place « un système de régulation ». Il précise aussi que « les automobilistes ont déjà été largement mis à contribution, il est maintenant temps d’emmerder les cyclistes ».

Au titre de l’équité routière, tout vélo qui circulera dans une métropole catégorisée ZFE devra disposer d’une vignette Crit’Air. Comme pour les véhicules à moteur, celle-ci devra être appliquée sur le cadre. Elle définit les zones dans lesquels un vélo est autorisé à circuler. L’objectif, à peine dissimulé, est de réduire la présence des cycles dans l’espace urbain.

Comment ça marche ?

Comme pour les véhicules, la vignette Crit’Air des vélos sera assorti d’un score, allant de 0 à 3. L’attribution de la note résulte de plusieurs critères, dont voici les grandes lignes :

CatégorieCritère d’attribution
Crit’Air 0Vélos électriques ou cadres composés à +75 % de matériaux recyclés
Crit’Air 1Vélos de course (carbone/alu recyclé) pesant moins de 8 kg
Crit’Air 2Cycles standards dont la masse est inférieure ou égale à 12 kg
Crit’Air 3Vélos dits « vintage » ou dont la masse excède 12 kg (VTC, vieux cadres acier)

Pour obtenir le précieux sésame, le vélo doit être préalablement immatriculé (obligatoire depuis 2021). La vignette sera disponible sur le site officiel au tarif de 4,99 €. Un contrôle technique obligatoire est déjà évoqué pour l’horizon 2027.

Restrictions de circulation

C’est ici que la mesure devient contraignante. Votre vignette déterminera votre droit d’accès aux pistes cyclables :

  • Crit’Air 0 : accès total et illimité sur les pistes cyclables ;
  • Crit’Air 1 : interdiction des pistes cyclables aux heures de pointe (7h-9h / 16h-18h). Les cyclistes devront alors se rabattre sur les voies des voitures ;
  • Crit’Air 2 : utilisation des pistes cyclables autorisée uniquement le week-end ;
  • Crit’Air 3 : interdiction totale d’emprunter les pistes réservées.

Sanctions prévues

La police municipale veillera au grain. L’absence de vignette sera sanctionnée par une amende de 35 € (minorée à 22 € avec port du gilet jaune). En revanche, circuler sur une piste cyclable avec une vignette non autorisée coûtera 68 €. En cas de récidive, les autorités prévoient la confiscation définitive du vélo.

L’enjeu réel : une « incitation » par l’insécurité

Au-delà de la simple gestion de l’espace, cette réforme assume une dimension écologique et commerciale plus sombre. Sylvie Panierter-Fisch, déléguée à l’Équité des Mobilités Douces, soulève un point physiologique souvent ignoré :

Mais le point le plus polémique reste la volonté d’introduire une « insécurité commerciale ». En interdisant les pistes cyclables aux vélos non-motorisés (Crit’Air 2 et 3) durant la semaine, le gouvernement ne s’en cache plus : il veut pousser les usagers vers l’électrique.

« En obligeant les cyclistes musculaires à rouler sur les voies classiques au milieu des camions et des bus, nous créons mécaniquement un sentiment d’inconfort et un risque d’accident plus élevé », admet Sylvie Panierter-Fisch avec une franchise déconcertante. « C’est un levier incitatif puissant pour booster le marché du vélo à assistance électrique (VAE) ».

Une grogne qui monte sur les pédales

Du côté des usagers, la pilule ne passe pas. Pour de nombreux vélotafeurs, cette mesure revient à les punir pour leur sobriété énergétique. « On nous demande de lâcher la voiture, et maintenant on nous explique qu’on respire trop fort et qu’on doit risquer notre vie dans le trafic si on n’a pas une batterie sous le cadre », s’indigne Denis Lachs, un coursier parisien qui a choisi de rester anonyme.

Les premières manifestations sont attendues dès demain matin, mais attention : tout rassemblement de plus de dix vélos sans vignette valide pourrait entraîner une mise en fourrière immédiate. Décidément, il s’en passe des choses ce premier avril !

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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