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Tendances auto : le « Full Black » est-il passé de mode ?

La fin des années ’90 a été l’âge d’or du tuning en France. Les passionnés n’hésitaient pas à poser de gros kits carrosseries sur des voitures du quotidien. Pourtant, dès le début des années 2000, l’effet de mode commence à s’estomper. Désormais, les préparations s’orientent sur les voitures entièrement noires : la carrosserie, les jantes, les vitres… Un anglicisme en ressort : le full black. Ce phénomène perdure encore aujourd’hui mais il semble passé de mode. Mais qu’en est-il vraiment ? Remontons un petit peu le temps…

La naissance du phénomène « full black »

Dans l’immense majorité des univers, il y a des effets de mode et l’automobile en fait assurément partie. À l’opposé de la grisaille contemporaine, il y avait l’époque « color power » des années ’70. Entre temps, les tendances ont grandement fluctué. Mais que s’est-il vraiment passé pour que les voitures intégralement noires deviennent tendance ? Il serait facile de remonter le temps jusqu’au début du XXe siècle, à l’époque où un certain Henry Ford proposait la Model T uniquement en noir. Mais là, ce n’était pas un choix esthétique mais une contrainte industrielle.

Les carrosseries noires existent depuis toujours. Aux yeux de beaucoup, elles symbolisent l’élégance. C’est la couleur des taxis, des méchants dans les films… C’est même la teinte du chic, malgré un entretien complexe. Les références cinématographiques ne manquent pas. On peut citer la légendaire Batmobile, la Pontiac Firebird Trans AM de K 2000 ou même la Ford Falcon XB GT de Mad Max par exemple.

Au début des années 2000, le tuning à base de kit large et de couleurs bariolées s’efface au profit d’une plus grande sobriété. Le chic, c’était d’avoir une voiture noire, avec des jantes noires, des logos noirs. Bref : éliminer toute forme de couleur. Sur le papier, cela ne fait pas rêver mais les adeptes sont très nombreux. Cela a peut être été aussi inspiré par le courant « DUB », né aux États-Unis. Le principe ? Mettre d’immenses chromées sur des voitures sombres.

Pourquoi tant de véhicules « full black » ?

Les voitures intégralement noires symbolisent aussi le pouvoir et le luxe. De nombreuses voitures présidentielles adoptent ce type de configuration, à commencer par la limousine américaine qui transporte Donald Trump. Le côté bad boy, mystérieux est sans doute le catalyseur de cette tendance, avec un côté anticonformiste. Il faut bien le reconnaître : une voiture noire avec une carrosserie bien entretenue et lustrée, c’est beau !

Beaucoup de célébrités ont également eu des véhicules tout noirs, contribuant à renforcer l’intérêt des automobilistes. On peut citer GMK à ses débuts, avec sa première Audi RS 6 ou également des personnalités comme Johnny Hallyday, qui possédait un Hummer H1 tout noir. Dans les séries américaines (ô combien populaires), les véhicules full black y sont aussi très nombreux.

Le rejet du chrome ? l’essor du full black a été porté par la haine du chrome. Dans les années 2010, le chrome était associé aux voitures « de grand-père ». En supprimant le chrome (le de-chroming), on rajeunissait la ligne.

Même les constructeurs autos s’y mettent !

Plus surprenant encore, le phénomène du full black a connu un écho chez les constructeurs automobiles. Les chromes ont été remplacés par de l’aluminium ou par des finitions noires (le fameux chrome delete). On trouve cela sur différents segments et même chez Porsche, qui propose de passer en noir les baguettes de contour de vitre. Peugeot a fait de même avec un Black Pack sur le 3008 de seconde génération. Là, même, les logos passaient en noir.

Range Rover propose aussi des configurations intégralement noires, au même titre que Xpeng sur le G9. Au fil du temps, les finitions noires, que ce soit pour les logos, les contours de vitre ou les ornements, se sont généralisées. Si les marques ne mettent généralement pas en avant les configurations intégralement noires, il est certain qu’elles répondent à une demande bien réelle. Si Tesla a supprimé les chromes de série sur ses Model 3 et Y, c’est le signe que le full black est devenu la norme industrielle, et donc, par définition, n’est plus exclusif.

Le saviez-vous ? Une voiture full black peut atteindre une température intérieure supérieure de 10°C à 15°C à celle d’un véhicule blanc après une heure d’exposition au soleil. À l’heure du réchauffement climatique, l’élégance se paye aussi au prix fort sur la climatisation !

D’anticonformisme à saturation…

Comme tout phénomène de mode qui prend de l’ampleur, la tendance du full black a rapidement connu ses dérives. De nombreux automobilistes ont commencé à appliquer des coverings noirs sur leurs voitures, avec des finitions mates, brillantes ou satinées. Les logos sont fréquemment repeints à la bombe, tout comme les jantes. Certaines préparations ont donc commencé à rapidement perdre de leur élégance. Aujourd’hui, les voitures entièrement noires n’impressionnent que si le modèle le justifie. Or, il est très fréquent de croiser de banales Volkswagen Golf entièrement parées de noir. La multiplication de gadgets chinois à petit prix a facilité le travail des « tuneurs ».

Alors que le « full black » était fait pour se démarquer de la masse, c’est aujourd’hui un phénomène largement répandu. Une certaine lassitude existe d’ailleurs depuis quelques temps. Quelques sociétés spécialisées dans le covering nous ont confié « faire moins de véhicules noirs » depuis quelques années. En revanche, il est difficile, voire impossible, d’estimer le nombre de véhicules full black qui circulent encore dans l’hexagone. L’effet de mode semble s’essouffler.

Le full black : un cliché devenu ringard ?

Aujourd’hui, l’esthétique full black est devenue l’option de facilité, le « choix par défaut » de celui qui n’ose pas la couleur. La saturation est telle que le look n’impressionne plus que si le modèle est exceptionnel. Croiser une Lamborghini « Ghost » a encore du sens ; croiser une énième Volkswagen Golf ou une Renault Clio aux logos maladroitement repeints à la bombe et aux jantes griffées crée un décalage presque ironique. Ce n’est plus de l’élégance, c’est du camouflage de misère.

La multiplication de gadgets bon marché et de bombes de peinture Plasti Dip a fini de transformer un symbole d’élégance en un marqueur social daté, rappelant les heures les plus sombres du tuning des années 2010.

Le mot de la fin

Le full black n’est pas mort, il est devenu un classique. Mais comme le costume-cravate noir, s’il n’est pas porté avec une coupe parfaite (une voiture d’exception), il finit par ressembler à un uniforme de service de sécurité. En 2026, l’originalité a changé de camp : elle réside maintenant dans les belles couleurs techniques… Mais comme pour tout phénomène de mode, il en faut pour tous les goûts. Fait amusant, une nouvelle tendance émerge : celle du full white. Comme son nom l’indique, ce sont des voitures intégralement blanches…

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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