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Ils squattent la voie du milieu sur autoroute : ils expliquent pourquoi

Ils nous insupportent. Appels de phares, coups de klaxon, gestes d’agacement… Les automobilistes qui restent sur la voie du milieu alors que la voie de droite est libre cristallisent les tensions sur autoroute. C’est une pratique interdite mais bien plus répandue que l’on ne l’imagine. Nous avons recueilli plusieurs témoignages pour tenter de comprendre les raisons de cette pratique contraire au Code de la route. Les personnes interrogées ont des motivations récurrentes : éviter les poids lourds, se sentir en sécurité, préserver son véhicule ou encore fluidifier sa conduite…

Rester au milieu ? Ils ne s’en cachent pas

En réalisant ce reportage, je m’attendais très clairement à me heurter à des murs. Aller sur le terrain, questionner des automobilistes sur leur mauvaise conduite, ce n’était pas gagné d’avance… Ce jour-là, j’étais sur l’autoroute A81 en direction de Paris. Devant moi, un Nissan Qashqai squatte la voie du milieu. Durant une vingtaine de kilomètres, le crossover gris ne se rabat jamais sur la voie de droite, même lorsqu’elle est parfaitement libre. Certains dépassent sur la voie de droite, d’autres par la gauche. Klaxons, appels de phares, coups de volant agressifs… Rien ne semble perturber le conducteur du Qashqai.

Puis vient le moment du traditionnel combo pause pipi/café qui m’amène sur l’aire de repos suivante. Juste devant moi, le véhicule familial aimanté sur la voie du milieu prend la même sortie, le hasard fait bien les choses. Je me décide alors d’aller à la rencontre du conducteur. Il s’appelle Claude G., la soixantaine bien entamée, un chapeau de paille sur la tête et l’envie d’un café bien serré. Une discussion s’ensuit. Enseignant à l’approche de la retraite, il accepte de répondre à mes questions avec bienveillance.

« Plus pratique pour doubler les camions »

Sur autoroute, Claude G. ne roule que sur la voie du milieu et il l’assume. Selon lui, la voie centrale permet d’éviter de multiplier les dépassements de poids lourds. Même constat pour Patrick D., conducteur de camping-car, qui reconnaît une vision très personnelle du partage de la chaussée « parce qu’à droite, c’est réservé aux camions ». Parmi les différentes personnes interrogées, ce motif est ressorti assez fréquemment. Cette perception ne correspond pourtant pas à la réglementation. Sur autoroute, la voie de droite est bien la voie normale de circulation pour tous les véhicules.

L’article R412-9 du Code de la route impose aux conducteurs de circuler « près du bord droit de la chaussée » lorsque la voie est libre. Rester durablement sur la voie centrale sans raison (dépassement, trafic dense, etc.) expose à une contravention de 2ᵉ classe, soit une amende forfaitaire de 35 € (minorée à 22 €), sans retrait de points. Les conducteurs interrogés connaissent la règle mais savent aussi que les contrôles restent extrêmement rares.

La peur de ne plus pouvoir dépasser

D’autres évoquent une difficulté à retrouver une place sur la voie du milieu après s’être rabattus derrière un poids lourd. P.-E. B. raconte avoir vécu plusieurs situations stressantes : « quand tu t’es fait coincer plusieurs fois contre un camion sur la voie de droite par des voitures qui te doublent à 2 km/h de plus que toi et que tu as toutes les peines du monde à reprendre la file centrale pour doubler ledit camion, tu restes au milieu ensuite ».

Pour ces conducteurs, rester sur la voie centrale est surtout une manière d’anticiper les difficultés liées à la densité du trafic. La voie du centre est jugée plus rassurante, en permettant d’aller plus facilement à gauche pour dépasser ou bien à droite pour prendre la sortie.

Une question de sécurité

Parmi les témoignages recueillis, Emmanuel P. estime également que conserver sa trajectoire est parfois plus sûr que de multiplier les changements de voie. « Quand il y a beaucoup de circulation, c’est plus sécurisant de rester sur sa voie. Si on respecte les distances de sécurité, on n’a pas toujours la place pour se rabattre. Pour moi, le vrai danger vient des personnes qui roulent au-dessus de la vitesse limite ».

Cette justification illustre un sentiment partagé : certains préfèrent privilégier une conduite jugée plus fluide plutôt que de respecter à la lettre l’obligation de se rabattre. Plusieurs automobilistes m’ont également expliqué privilégier la voie centrale la nuit, estimant qu’elle laisse davantage de marge en cas d’animal surgissant depuis le bas-côté.

Des chaussées parfois dégradées

L’état de certaines autoroutes est parfois cité comme explication. L’argument revient lui aussi régulièrement et peut s’entendre. L’immense majorité des véhicules (y compris les camions) roulent sur la voie la plus à droite. Celle-ci s’use donc prématurément. Elle peut présenter davantage d’aspérités et de signes d’usure. « Sur de nombreuses autoroutes, la file de droite est en très mauvais état. J’ai repéré les portions correctes et je roule à droite, mais sur les portions dégradées je roule au milieu. Les pneus sont chers et ils ne sont pas assurés », explique K. L.-G. en commentaire sur un célèbre réseau social.

« Les gens normaux roulent au milieu »

Au-delà des arguments pratiques, certains témoignages montrent que la voie centrale est devenue, pour certains automobilistes, la voie « naturelle ». Pour beaucoup de squatteurs de la voie du milieu, chaque voie se destine à un public bien particulier. La voie de droite serait réservée aux poids-lourds, celle de gauche à ceux qui roulent vite (ou « trop vite ») tandis que celle du milieu serait pour les automobilistes « normaux ».

Cette vision de la chaussée sur autoroute est ressortie très souvent chez les personnes interrogées. Beaucoup ne comprennent d’ailleurs pas les réactions énervées des autres automobilistes. Selon les indécrottables de la voie du milieu, il suffirait que tout le monde applique ce principe. Une compréhension à géométrie variable donc.

L’agacement des automobilistes : ils « font avec »

En réalisant ce dossier, je m’attendais à des réponses très variées… Mais elles sont finalement assez logiques et compréhensibles, du moins selon les interrogés. Que pensent vraiment ces squatteurs de la voie du milieu lorsqu’un autre automobiliste leur fait remarquer, par des appels de phares, des coups de klaxon ou des signes de main ? Sur ce point, les réactions sont assez différentes. Claude, comme une bonne partie des sondés, a appris à « faire avec ». Il n’accorde plus d’importance à ces signes d’agacement et ne changera pas de voie pour autant.

D’autres conducteurs évitent les confrontations et se rabattent pour ne pas déranger, mais ils sont assez minoritaires. La majorité des conducteurs concernés prend donc les choses avec une certaine légèreté, en jouant la carte de l’ignorance. En ce qui concerne le non-respect du Code de la route, les conducteurs ont bien conscience de la rareté de la sanction, jugée peu dissuasive et qui n’incite pas à « revoir les habitudes ».

Ce comportement ne changera pas…

Quelques secondes plus tard, le Nissan Qashqai reprend l’autoroute. Le crossover rejoint la voie centrale… et n’en bougera plus. Claude connaît la règle. Il sait qu’il risque une amende. Mais comme beaucoup de ceux que nous avons interrogés, il est persuadé que sa manière de conduire est la bonne. Tant que les contrôles resteront exceptionnels, il y a fort à parier que les « squatteurs » de la voie du milieu continueront d’y voir leur place naturelle.

Une amende plus sévère pourrait-elle avoir un impact sur ces habitudes ? Oui, sans doute. Mais les 22 € de l’amende minorée actuelle semblent ne pas avoir d’effet suffisamment important pour inciter à changer les mauvaises pratiques. Décidément, les mauvaises habitudes ont la vie dure.

Thomas Drouart

Depuis 2006, je suis le rédacteur en chef du média automobile indépendant PDLV. Avec mon équipe, nous couvrons l'actualité auto, des guides pratiques, des essais et des présentations de nouveaux modèles. Bien sûr, nous parlons aussi (et surtout) de voitures passion et des belles histoires qui en découlent. Mes spécialités ? Les voitures miniatures, les essais de petites sportives et tout ce qui touche à la réglementation automobile et aux aspects pratiques.

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1 commentaire

  1. Bonjour,

    je pense que le code de la route devrait prendre en compte si on est un jour de semaine (quand les poids lourds peuvent rouler), ou un dimanche. En semaine, je pense qu’il est même dangereux de se rabattre constamment sur la file de droite. On fait sans cesse des zigzags, on peut avoir du mal à déboiter, voire être obligé de freiner « dans le cul d’un camion ». Par contre, le dimanche pas de problème : on a de la visibilité, on peut anticiper.

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