
Au fait, c’est quoi une voiture chiante ?
L’automobile est un univers complexe. Il y a des voitures pour aller d’un point A à un point B, qui des voitures qui nous plaisent, d’autres nous déplaisent et certaines qui laissent un sentiment neutre. Parmi les innombrables reproches adressés à certains modèles de voitures, il y a celui de « voiture chiante ». Une notion bien difficile à définir d’autant plus qu’elle est parfaitement subjective. Dans cet article, je vais donc m’essayer à cet exercice. Pour cela, je m’appuierais sur six axes d’analyses afin de tenter de définir ce qu’est réellement une « voiture chiante ». Vous le verrez, la solution à cette équation n’est pas si simple même si certains modèles vous viendront directement en tête. Au fait, pourquoi avez-vous pensé spontanément au Citroën Xsara Picasso ?
Les goûts, ça ne se discute pas !
Avant tout, nous avons tous des goûts très différents en matière d’automobile, ce qui influe directement sur notre jugement. Cela se vérifie avec les segments. Il y a ceux qui vont aimer les grandes berlines, les fans de SUV, ceux qui ne jurent que par les coupés. Autant de préférences qui induisent aussi des jugements. On peut facilement trouver la voiture du voisin bien fade et ennuyante puisqu’elle ne correspond pas à nos critères et à nos goûts. Beaucoup trouvent les monospaces lourds et patauds. Ce segment est aujourd’hui passé de mode et peu de constructeurs en proposent encore. Les gens favorisent majoritairement les SUV qui sont jugés plus funs (et potentiellement moins qu’un chiant qu’un monospace). Factuellement, je ne pense pas qu’on se réveille un matin en ayant l’envie irrépressible de rouler en Renault Grand Scénic II.
Le segment peut aussi jouer ! Celui qui s’offre une Mercedes Classe C est potentiellement davantage intéressé par le segment premium que par les modèles généralistes qui pourraient alors être jugés plus « simples » et ennuyants du fait de leur omniprésence. Certains modèles ont également un design un peu triste et donc possiblement chiant. Le design de la Dacia Logan I peut facilement être qualifié de « chiant » alors qu’il découle de contraintes économiques nécessaires au positionnement de la marque. Tout dépend donc du regard que l’on porte sur le véhicule…

Le type de moteurs peut aussi influer le jugement. Les constructeurs généralistes se détournent plus facilement des « gros » moteurs, ce qui peut aussi apporter du jugement, au même titre que de petites jantes, un design un peu fade ou une image altérée, comme celle du Fiat Multipla alors que ce n’est pas une mauvaise voiture. Aussi, nos goûts peuvent aussi être influencés par la couleur. De nos jours, les « couleurs chiantes » sont à la mode. La majorité du parc auto est noire, blanche ou grise. C’est plus difficile de trouver une Renault Clio 5 orange chiante, par exemple.
Ces teintes neutres, souvent choisies basiquement pour la facilité de revente, ne respirent pas vraiment la joie de vivre. Au top des couleurs chiantes, le gris clair l’emporte assurément. C’est une teinte omniprésente, sans grand caractère. Pourtant, il existe de très jolis gris clairs et certaines marques continuent de le réinventer. Mais là encore, certains ne jurent que par ces teintes classiques, par goût tout simplement. C’est un petit peu comme les intérieurs Ikea, ce n’est pas laid en soit, mais c’est souvent très impersonnel. Et par extension, chiant. En matière de goût, la voiture chiante est déclinable à l’infini !
Le vécu joue pour beaucoup !
Sur la route, on croise une multitude de voitures chaque jour. Et forcément, il y a des modèles que l’on remarque plus que d’autres, ce qui s’explique souvent par le fait que ce sont des voitures vendues massivement. Cela permet de faire ressortir plus facilement des comportements, qui sont parfois représentatifs, parfois pas. La personne âgée qui roule à 80 km/h sur autoroute en Citroën C3, le conducteur dangereux en BMW Série 1, la mamie qui se gare au bruit en Renault Twingo 2, celui qui ne met jamais de clignotants en Audi Q5…
Autant de clichés qui sont propres à chacun et qui découlent de nos observations et de notre sensibilité. Plus un comportement nous agace, plus nous allons le relever et le généraliser. Celui qui respecte scrupuleusement le code de la route s’agacera des chauffards. Les chauffards, eux, s’agaceront plus facilement des personnes qui roulent un petit peu en dessous des limitations de vitesse. Parfois, ces observations ont un fondement. Des études ont déjà pointé le fait que les conducteurs de voitures allemandes sont plus dangereux au volant et que l’acheteur moyen d’une Citroën neuve en France a plus de 60 ans ! Cela fait-il de Citroën une marque de gens chiants ? Et de BMW une marque de connards ? Non et heureusement.

Parfois, l’essai d’une voiture peut laisser un goût amer, ce qui entraine là aussi un jugement. Je me rappelle, il y a quelques années déjà, avoir essayé une Dacia Sandero de seconde génération. J’avais trouvé le châssis clairement dépassé. Et il est vrai que je trouve ce modèle assez chiant dans l’ensemble. Mais il s’agit de mon jugement personnel, que je n’ai pas à vous imposer dans mes différents articles (autres que celui-ci bien sûr).
Notre vécu et nos expériences sur la route peuvent aussi largement engendrer ce jugement. Dans mon cas, ce sont souvent les Citroën C3 que je trouve conduites très mollement. Mais en étant objectif, les conducteurs de C3 ne sont pas nécessairement plus lents que les autres. C’est simplement la récurrence d’observations qui entraine ce biais d’interprétation. D’autant qu’il faut bien dissocier la « voiture chiante » de la voiture de « gens chiants », ce qui peut parfois être différent.
Nos centres d’intérêts définissent notre perception
Je pense que l’on sera tous d’accord sur le fait que le rôle principal d’une voiture, c’est de nous emmener d’un point A à un point B. Certains y verront du plaisir, d’autres une corvée. Certains accorderont de l’importance à leur voiture, d’autres non. Ce sont des derniers qui se garent toujours au plus près de l’entrée du Leclerc et qui vous donnent des coups de portière. L’intérêt inhérent à l’automobile varie énormément d’un individu à un autre car nous n’avons pas les mêmes attentes. Certains affectionnent les voitures anciennes et trouveront les voitures modernes « chiantes ». Pour d’autres, ce sera l’inverse, en citant l’absence de technologie. Aussi, la notion de chianterie dépend de l’individu, de son passé automobile et de ses choix. Celui qui privilégie la fiabilité s’orientera plus volontiers vers une voiture « simple » de conception, qui sera potentiellement chiante pour celui qui aime les modèles sophistiqués.
Certains chercheront à avoir un minimum de répondant alors d’autres se contenteront de la puissance disponible. En interrogeant notre entourage, on se rend assez vite compte que la perception individuelle de la voiture chiante est passionnante. L’automobile est également un domaine qui ouvre l’esprit autant qu’il le ferme. Pourtant aimer quelque chose n’implique pas nécessairement d’en détester une autre. Mais là encore, c’est un schéma cérébral facile et rapide. Et je suis le premier à parler de gris chiant plutôt que de gris clair. Et fatalement, lorsque quelque chose nous plaît moins et que l’on y trouve moins d' »intérêt, on peut facilement émettre un jugement.
Parlons un peu mécanique !
Aimer la voiture implique d’aimer plus ou moins directement la mécanique. Et sur ce point, nous avons tous nos préférences. Il y a les indécrottables qui ne voient que par le Diesel, ceux qui vouent un amour inconditionnel au moteur essence, les fans d’électriques et ceux qui ont goût à l’hybride et qui ne reviendraient plus en arrière (oui, il y a aussi le GPL, le GNV…). Si certains ont des avis bien tranchés sur la question, d’autres font le choix du type de moteur en fonction des besoins, du budget et parfois en fonction des nouvelles directives européennes ou gouvernementales. Certains moteurs manquent terriblement de caractère. Peu puissants, trop linéaires ou avec un son abominable…
La chianterie d’une voiture peut donc aussi passer par son moteur… Ou de la boîte de vitesses. Je garde, par exemple, un souvenir compliqué de la Mazda 3 SkyActiv-X de 180 chevaux. C’est une excellente voiture, très belle, fiable et bien construite avec un moteur révolutionnaire. Seulement, l’étagement de la boîte manuelle, axée sur l’économie de carburant, m’a clairement bridé alors que j’adore pourtant les moteurs atmosphériques. Je pourrais donc facilement qualifier cette association moteur/boîte de chiante car cela ne répond pas à mes attentes. Pour autant, je ne suis juste pas le public visé et j’ai quand même, objectivement, bien apprécié ce modèle.
Une voiture peut délivrer plus ou moins d’émotions au volant. Certaines n’en délivrent que très peu. Le suréquipement et la prise de masse font que les sensations sont parfois très réduites ; c’est aseptisé. Cela peut donner un comportement routier très neutre, pour ne pas dire insipide. Le qualificatif de voiture chiante peut donc s’appliquer. J’ai déjà connu des modèles considérés comme sportifs qui ne procurent que très peu de sensations, même en ayant une puissance de 310 chevaux. À l’inverse, d’autres voitures surprennent par une position de conduite désagréable (coucou la première génération de Mercedes Classe A) ou encore par un embrayage surprenant, comme celui des Renault Citroën C3 de troisième génération.
Aussi, les férus de voitures très fiables et endurantes pourraient se détourner de certains modèles qui sont un petit peu plus sujets à des pannes récurrentes. Pour autant, je ne suis pas certain que l’on parlerait de « voiture chiante ». Bien que peu gracieux, le qualificatif de « moteur de merde » est plus souvent employé. Et c’est dommage car certains moteurs peu fiables, comme le 1.2 PureTech de Peugeot/Citroën est agréable à rouler, en dépit de sa courroie de distribution qui fait trempette dans l’huile.
Nos convictions : l’automobile fermerait-elle l’esprit ?
C’est le point un petit peu sensible de l’article : nous avons parfois des réactions connes en matière d’automobile. Si l’automobile est un domaine fascinant, nous avons parfois des avis très (trop) tranchés sur certains sujets. Cela peut être votre vieux tonton Michel qui ne peut s’empêcher de dénigrer les voitures électriques, votre collègue Kévin qui ne jure que par le Diesel reprog’ ou encore votre tante Sylvie qui passe son temps à ronchonner lorsque l’on parle de Renault parce qu’elle avait eu une mauvaise expérience en achetant une Laguna 2.2 dCi 150 (en ne faisant que de la ville). Nos avis sont parfois très « fermés » et nous sommes tous plus ou moins concernés par cela.
Et forcément, lorsqu’une personne fait un choix différent de nos convictions, cela entraîne un jugement. Pourtant, il est important de s’entraîner à ne pas généraliser bêtement. Oui, il y a eu des Renault pas fiables dans l’histoire mais ce n’est pas une majorité. Oui, Volkswagen a triché sur ses mazouts, mais ce n’est plus le cas actuellement (ou du moins, cela n’a pas été encore grillé). La définition de « voiture chiante » peut donc aussi être définie par rapport à nos convictions, qui sont parfois erronées. Celui qui qualifie systématiquement une voiture électrique de chiante a-t-il déjà conduit un Porsche Taycan ? Celui qui critique le Diesel a-t-il déjà conduit une Alfa Romeo Giulia JTD 210 sur du sinueux ?
Enfin, la sempiternelle question d’égo
La voiture est souvent perçue comme un prolongement phallique. C’est d’autant plus vrai pour certains ! La question de l’égo entre donc pleinement en compte. L’automobile, c’est aussi une question de tendances, dictées aussi bien par la mode, que les influenceurs. L’Audi RS 6, même si c’est une bonne voiture, illustre assez bien ça. Méconnue il y a quinze ans, elle fait aujourd’hui fantasmer tout le monde, même ceux qui n’ont aucune connaissance en automobile. C’est un petit peu la même histoire que de s’offrir une vieille Mustang au départ en retraite. Toujours est-il que ces influences se font souvent au détriment d’autres marques en entraînent une forme de pensée unique. Les pro-BMW dénigrent souvent Audi, par exemple. Ce même débat se trouve chez bien d’autres constructeurs automobiles. Chacun est persuadé de détenir le Graal et juge les choix d’autrui, les considérant moins pertinents.
Ce phénomène est facilement perceptible dans les rassemblements de voitures. De base, ce sont des événements pour découvrir les voitures de l’un et de l’autre. Pour beaucoup, c’est avant tout pour se montrer, en espérant que « titine » soit prise en photo et publiée sur Instagram. La question d’égo est donc au cœur de bien des préoccupations et c’est triste. Autant d’éléments qui font que la passion automobile est parfois jugée beauf. Dans les faits, c’est surtout une minorité qui ternit l’image d’un groupe. Cette même minorité qui fait des burns lors des rassemblements statistiques, qui montent dans les tours en passant devant les écoles (qui a parlé d’Audi RS 3 et de Golf GTI ?). Un besoin de reconnaissance assez triste, au final.
Le mot de la fin !
La prochaine fois que vous verrez une « voiture chiante » dans le rue, n’oubliez pas qu’elle résulte de votre jugement. Et uniquement du vôtre. Je vous l’accorde, je ne pense pas que beaucoup se prendront de passion pour un Dacia Lodgy. Pourtant, au même titre que l’intégralité des voitures du marché, ce modèle plaît à un public. Pour une personne âgée, la voiture idéale sera surélevée et devra être confortable et pratique. Pour un jeune conducteur, le dynamisme entrera sans doute davantage en compte. Notre cahier des charges différent pèse donc lourd sur nos jugements. Alors bien sûr, certains modèles apparaissent bien ternes. Ce sont souvent des modèles dépassionnés qui reviennent à l’essence même de l’automobile : celle d’un moyen de transport. Alors, qui a raison ?





