
Aujourd’hui, j’ai un goût d’amertume. Linda Jackson, CEO de Peugeot, s’est entretenue avec nos confrères d’Autocar et les nouvelles ne sont pas bonnes. Depuis quelques années déjà, l’automobile accumule les coups dans la gueule. Le malus écologique, toujours aussi arbitraire, a tué le segment des petites et moyennes sportives. En parallèle, le durcissement des normes et des lois européennes entraient une électrification massive du parc automobile, ce qui pousse « gentiment » vers la sortie tout ce qui n’est pas jugé « rationnel » et nécessite du sans-plomb ou du gasoil. Cette fois, c’est la Peugeot 508 PSE qui en fait les frais. Une mise à mort qui n’augure rien de bon puisque c’est plus généralement le programme sportif de Peugeot qui est mis en stand-bye. Il y a des priorités…
Des modèles PSE de série, c’est fini !
Les fans de Peugeot ont connu de nombreux ascenseurs émotionnels ces dernières années. En février 2020, Peugeot Sport Engineered (ou PSE) a vu le jour avec une idée clairement définie : renouveler le département sportif de la marque. Cela passe par l’abandon ferme et définitif des modèles GTI. Cela passe par la création d’une voiture de course d’un côté, avec la 9X8 destinée à l’endurance. De l’autre, nous avons la 508 PSE. Deux modèles qui inaugurent le concept de néo-performance en misant sur la technologie hybride rechargeable. Et cela a plutôt du sens car cela permet d’abaisser la consommation, de réduire le bilan carbone tout en offrant un intérêt bien concret pour les entreprises. En plus, l’image PSE est plutôt chouette. On trouve une couleur de présentation, le gris Sélénium, qui est marié à des touches de vert Kryptonite. Le tout s’accompagne de belles puissances et d’un style vraiment cool.

Disons que PSE, c’est la possibilité, pour la marque au lion, de développer une gamme sportive « acceptable » aussi bien en terme de consommation, que d’image. Les avis ont été assez mitigés. La Peugeot 508 PSE s’appuie sur un « petit » moteur 4-cylindres 1.6 litre couplé à deux moteurs électriques pour une puissance totale de 360 chevaux. Les performances sont sympas, le plaisir de conduite est bien réel mais forcément, la comparaison avec d’autres concurrentes qui restent en 6-cylindres fait mal. D’ailleurs, on a plutôt apprécié l’essai de ce modèle. Mais peut-on se plaindre des choix opérés par Peugeot à ce moment-là ? À vrai dire, pas vraiment…
Une 508 PSE pourtant prometteuse
Se plaindre que la marque française n’ait pas implanté un bon gros moteur V6, c’est faire l’autruche quant au contexte économique et environnemental actuel. Si elle avait été affublée d’un gros malus, la Peugeot 508 PSE aurait été un échec commercial. Peugeot n’avait donc pas vraiment le choix que de succomber (partiellement) à l’électrification. Pour ma part, je suis assez admiratif de la démarche de Peugeot d’avoir osé réinventer la notion de sportivité tout en esquissant intelligemment la problématique du malus. Alors oui, la 508 PSE n’était pas la plus rapide, ni même la plus performante… Mais elle était aussi la première mouture d’une branche sportive naissante. Malheureusement, le soutien a été bien faible.

Pour propulser PSE, Peugeot a choisi de revenir en endurance avec une 9X8 pleine de promesse. La marque au lion a même réussi l’exploit de se passer d’un aileron. Elle s’est entourée de pilotes renommés et la communication a été plutôt efficace, en produisant une multitude de produits dérivés, comme une version Lego de la 9X8 d’endurance. Malheureusement, la marque n’a pas réussi à réitérer son exploit de 1992 avec la 905 à moteur V10. La 9X8 n’a pas brillé en compétition… Sans palmarès, la nouvelle venue n’a pas réussi à mettre PSE sur le devant de la scène.
PSE, une marque mort-née ?
Lorsqu’il était encore le directeur de Peugeot, Jean-Philippe Imparato avait confié à certains de nos confrères qu’il prévoyait que chaque modèle de la gamme serait complété par une version PSE. Et là, ça nous a clairement vendu du rêve, on sentait bien que Peugeot allait de l’avant et voulait entretenir son image sportive historique. On espérait une 208 PSE vive qui aurait été la descendante plus ou moins directe des 205 GTI et 206 RC… Où encore d’une 308 PSE qui aurait remplacé dignement la 308 GTI. Mais entre temps, une politique d’austérité sévère a été mise en place. S’agit-il d’une coïncidence avec l’arrivée de Linda Jackson à la direction de la marque au lion ? À vrai dire, je n’ai pas envie de faire de raccourci. Auparavant chez Citroën, cette directrice générale ne semble pas porter particulièrement dans son cœur la gamme sportive…

En parallèle, le groupe Stellantis a regroupé plusieurs entités, dont PSA, auquel appartenait Peugeot. La nouvelle ligne directrice mise sur l’électrification avec un budget de 40 milliards d’euros pour le groupe. On comprend alors que des choix ont été faits et que, forcément, la rentabilité prime. De plus, Peugeot promet d’électrifier chaque modèle de sa gamme d’ici la fin d’année 2024. On comprend alors assez vite que la branche sportive PSE passera à la trappe. Nos collègues d’Autocar ont d’ailleurs interrogé Linda Jackson à ce sujet. Et le discours est ferme. Il n’y aura plus aucun autre modèle de série PSE. Pas de 208 PSE, ni même de 308 PSE ou encore de 3008 PSE, comme on l’avait illustré il y a quelque temps déjà.
La sportivité sera électrique

Mais alors, que restera-t-il comme modèles sportifs chez Peugeot ? À vrai dire, il n’y a plus rien en projet, ce qui n’augure rien de bon pour les années à venir. On parlera davantage de modèles « performants », qui devront impérativement reposer sur une architecture électrique du groupe Stellantis. Cela sonne donc définitivement le glas des modèles PSE de série… Et plus généralement des modèles de série à vocation sportive. C’est d’ailleurs plutôt dommage car la marque au lion a toujours été la marque dynamique du groupe, en opposition à Citroën qui favorise le confort. On devrait donc retrouver des versions électriques « puissantes » pour certains modèles mais cela n’ira donc pas au-delà. Actuellement, la meilleure illustration est sans doute le Peugeot 3008 électrique de 320 chevaux.
Une 9X8 de série ? On peut rêver…
Nos confrères n’ont pas manqué d’interroger Linda Jackson sur la potentialité d’une version civile de la 9X8. La porte n’est visiblement pas (totalement) fermée mais les conditions sont très lourdes… Il faudrait qu’il y ait suffisamment de clients prêts à signer pour. Mais on s’en doute, ce ne sera probablement pas le cas. Le coût de développement et d’homologation serait stratosphérique et qui suivrait ? La Peugeot 508 PSE est nettement plus « raisonnable » mais son prix supérieur à 70 000 € a pourtant été beaucoup décrié. Comment serait acceptée une éventuelle supercar dont le prix serait largement supérieur ? À vrai dire, le marché est difficile à estimer. Le segment sportif est lourdement impacté surtout, Peugeot se frotterait à des concurrentes renommées, telles que Porsche. La comparaison serait inévitable et ne profiterait sans doute pas à la marque française sur tous les points…
Peugeot en compétition ? Oui mais…

Côté compétition, Peugeot poursuivrait son engagement au championnat WEC, ce qui offrira un sursis à la 9X8 qui participera, le week-end prochain, à la célèbre course des 24 Heures du Mans 2024. La marque y engage à nouveau des voitures, portant les numéros 93 et 94, qui seront confiés à Loïc Duval, Nico Müller, Stoffel Vandoorne, Paul di Resta, Mikkel Jensen et Jean-Éric Vergne. Souhaitons leur bonne chance. Une victoire de Peugeot (ou du moins un podium) serait pleinement bénéfique pour le programme PSE. Sinon, Linda Jackson ne ferme non plus la porte à un retour à Pikes Peak. Maintenant, il faudra suivre attentivement le programme du département sportif de la marque.
Peugeot perd-t-elle son âme ?
On peut pas dire que Peugeot soit à son prime… Le style Peugeot a gagné en personnalité, notamment avec l’intégration du nouveau logo et du renouvellement des codes, avec la triple griffe. Cependant, je regrette que les modèles actuels aient perdu un peu le toucher de route habituel. Le nouveau Peugeot 3008, que l’on vous proposera à l’essai dans quelques jours, nous a semblé bien moins agile que son prédécesseur, avec un toucher de pédale moyen et une sensation de lourdeur. La gamme s’est également grandement rationalisée, à tous les niveaux. On perd les options sympa mais peu demandées, comme l’intérieur bleu Naboo sur les 308 et 408… La 508, sous perfusion, pourrait quitter le catalogue prochainement, en même temps que la version PSE. La raison ? Faut-il prendre le temps d’électrifier un modèle qui ne se vend que très peu ?

Peugeot traverse donc une période plutôt compliquée. À force de miser sur la rentabilité, j’ai la sensation que la marque au lion perd son âme petit à petit. On peut se réjouir du renouvellement régulier des modèles, ce qui est positif. Mais sur le fond, les modèles sympas se font de plus en plus rares. Alors que l’entité Stellantis nous laissait imaginer de nouvelles possibilités de développement, j’ai surtout l’impression que les marques sont dans une optique d’austérité, éliminant tout ce qui n’est pas rentable. La mise à mort des modèles PSE fera sans doute sourire celles et ceux qui trouvaient la 508 PSE pas assez efficace et moins noble qu’une BMW M340i, par exemple… Mais c’est plus généralement un département sportif tout entier qui est mis en péril. Et ça, c’est vraiment dommage…
Quant à la Peugeot 508 PSE, elle ne sera donc pas renouvelée. Elle quittera sans doute discrètement le catalogue de la marque, à une date encore inconnue à ce jour…





