
Le feu Lexus : retour sur l’icône du Jacky Tuning
Parler de tuning en 2024, c’est aussi sensible que de parler politique à un repas de famille. C’était une discipline à part entière qui avait ses adeptes, ses codes mais aussi ses canons de beauté. Parmi les appendices visuels les plus fréquemment montés sur les voitures, il y avait les sempiternels feux Lexus. Aujourd’hui, aux yeux de beaucoup, le feu Lexus est le ticket d’entrée dans l’univers du tuning de mauvais goût. Mais il y a encore 20 ans, c’était bien différent. Avoir des feux Lexus, c’était la classe. C’était un moyen de se différencier. Un symbole qui a particulièrement mal vieilli puisque de nos jours, avoir des feux Lexus sur une voiture, c’est quand même un peu la honte…
Comment est né le feu Lexus ?
Il y a bien longtemps déjà, un phénomène prenait de l’ampleur : celui de la customisation. L’objectif, c’est de rendre sa voiture unique. Le contexte était bien différent d’aujourd’hui où le tuning est souvent considéré comme étant une passion de beauf. À l’époque, le tuning était largement plus artisanal qu’actuellement. Si les kits carrosserie existaient, il fallait mettre la main à la pâte et tout créer soi-même.

Les pièces étaient encore assez peu nombreuses sur le marché, ce qui fait que plusieurs tuners avaient les mêmes équipements. Mais qu’importe, les réseaux sociaux étaient bien moins présents et le tuning s’appréciait surtout lors des sorties entre clubs… Mais aussi à travers les skyblogs ou dans la rubrique violette du célèbre Forum Auto, qui appartient à Caradisiac. Bref, il y avait une vraie culture tuning qui avait ses symboles, ses loisirs, ses goûts. Un petit monde dans lequel tout le monde se connaît mais qui est souvent moqué. D’ailleurs, il y a même eu une voiture tuning dans Plus Belle La Vie…

Le tuning a aussi ses effets de mode avec plusieurs styles qui se sont succédé. Il y a eu l’époque des kits ultra larges, l’époque où les voitures étaient lissées à l’extrême, le ratstyle (avec des voitures avec rouille apparente) ou encore le DUB, qui mettait à l’honneur de grosses jantes chromées. Il y en avait clairement pour tous les goûts. Certains modèles de voitures étaient très représentés. Il y avait les « petites » voitures qui étaient généralement la citadine du quotidien, mais aussi de grands coupés qui ont pris cher (comme les Opel Calibra) ou encore des petits cabriolets (comme l’Opel Tigra). Et forcément, même si chacun cherchait l’originalité, il y a des sources d’inspiration qui ont dicté bien des projets…
1998 : La Lexus IS est commercialisée…
Justement, on arrive au fait que le tuning s’inspire de différents phénomènes, dont certains modèles sportifs. C’est pour cela que les rétros M3 ont été si populaires, reprenant le design de ceux des BMW M3 de type E36 de l’époque. Ils ont été montés massivement sur des milliers de voitures. Il y a aussi les énormes ailerons inspirés par les voitures de course ou encore les portes en élytre (lambodoors) qui, comme leur nom l’indique, sont tirées de certaines Lamborghini à moteur V12. Et à côté de cela, il y a aussi des inspirations japonaises avec le type JDM qui sera cuisiné à plein de sauces différentes. Et pour rester du côté des japs, il faut que je revienne sur l’histoire de la Lexus IS. C’est une berline familiale lancée par la marque japonaise en 1998. Et elle a déclenché un phénomène terrible…

Cette jolie berline a un style résolument moderne, tout en disposant d’un alter ego chez Toyota, avec l’Altezza. À l’arrière, cette berline a une caractéristique alors peu commune : un feu arrière partiellement translucide. Certains tentent alors de décolorer leurs feux à l’acétone avec des résultats très discutables et parfois de grosses brûlures. Des équipements ont alors eu l’idée de créer des feux adaptatifs qui reprendraient l’esthétique de ces nouveaux feux montés sur les Lexus. Ils prendront alors le nom non-officiel de feux Lexus. Et là, il y en aura pour tous les modèles de voitures, de la Peugeot 205 à la BMW Série 3 en passant par les différentes générations de Volkswagen Golf. En quelques mois, le feu Lexus est devenu l’équipement à avoir pour être original.
Une saturation rapide…
Pour l’avant, il y avait les feux Angel Eyes qui étaient choisis. Des phares à fond noir qui comprennent un ou plusieurs faisceaux circulaires. C’était le combo pas forcément gagnant que l’on trouvait sur la grande majorité des voitures tuning. Des feux Lexus à fond noir ont aussi été produits (industriellement ou artisanalement) mais ils ont moins rencontré le succès que leurs homologues transparents. Le feu Lexus était comme un passage obligatoire.

Mais c’est pas vraiment choquant puisque chaque décennie à son symbole. Les Jacky Tuning d’hier ne sont plus les mêmes qu’aujourd’hui, ils évoluent simplement vers d’autres équipements. Actuellement, on assiste à l’essoufflement des fausses sangles de remorquage, ce qui n’est guère mieux ! Toujours est-il que le feu Lexus a rencontré un succès incroyable… En plus, c’était un équipement qui se montait très facilement. Parfois des adaptations étaient nécessaires, pour convertir un faisceau. Mais là encore, il y a même eu des kits d’adaptation proposés.
Le feu Lexus était apprécié pour son rendu « lisse ». Le fait de réduire les touches de rouge à l’arrière d’une voiture était apprécié. Mais surtout, c’était le côté un peu anticonformiste qui a plu. Pendant une bonne demi-douzaine d’années, le feu Lexus semblait avoir un statut inébranlable. Certains constructeurs autos ont d’ailleurs bien perçu la tendance et ont généralisé ces feux partiellement translucides sur certains modèles de série, s’affranchissant du traditionnel ton rouge.

Au fil du temps, de nouvelles optiques ont vu le jour avec un design un peu plus sophistiqué. Pour la Peugeot 206, il y a par exemple eu les « feux Iran », très recherchés ou encore les feux « Cristaux ». Bref, le feu Lexus a perdu de son intérêt, victime lui aussi des effets de mode. En parallèle, il y a aussi les affreuses paupières de phare, destinées à rendre une voiture plus agressive. Mais là encore, l’essoufflement a été très rapide. Qui s’en plaindra ?
Et le feu Lexus devient un accessoire de beauf ?
Quand un accessoire devient trop populaire, il a tendance à créer une lassitude rapide, indépendamment du fait que ce soit du bon ou du mauvais goût. Dans le cas du feu Lexus, rien n’a réellement joué en sa faveur. Popularisé au tout début des années 2000, il a été monté massivement sur des milliers de voitures. Le déploiement des réseaux sociaux a permis à tout le monde d’arriver au constat que le feu Lexus, qui se voulait être une alternative originale, était devenu un accessoire ultra commun. Dès lors, beaucoup s’en sont détournés. On est alors autour des années 2006/2007 et le feu Lexus commence à avoir une image ringarde, dépassée… Beaucoup repassent sur des feux d’origine ou alors des optiques plus tendance. Le feu Lexus se trouve alors massivement sur les sites de petites annonces à des prix défiant toute concurrence.

Entre temps, le tuning a perdu de sa superbe. Ceux qui avaient une Clio 2 tuning en 2007 ont grandi, ils ont potentiellement eu des enfants et se sont orientés vers un véhicule familial, délaissant le tuning. La customisation n’est pas morte pour autant, bien loin de là. Elle a juste mué. Désormais, plutôt que de poser un kit large sur une Peugeot 206, les gens préfèrent s’orienter sur de vieilles berlines ou compactes allemandes. Là encore, la standardisation des modifications est récurrente : logos noirs, chromes passés en noir brillant ou encore les feux fumés avec le film de chez Action. Cela en fait-il des Jacky Tuning des temps modernes ? À vrai dire, chacun aura sa propre analyse sur le sujet. Toujours est-il que le feu Lexus est aujourd’hui moqué car il est symbole d’une époque passée et ridiculisée, tant pour ce qu’elle était que pour ce qu’elle incarnait.
Qui possède encore des feux Lexus en 2024 ?
C’est un peu cru mais tant pis… Revendre une voiture tuning, c’est pas simple. Il faut que les goûts soient en cohérence avec ceux d’un acheteur potentiel. Et puisque c’est rarement le cas, les projets tuning du début des années 2000 ont généralement fini à la casse ou revendu à tout petit prix pour servir comme banque de pièces. Les rares exemplaires qui sont survécu à cette époque ont généralement été remodifiés. Les feux Lexus sont donc très rares de nos jours.

Certaines voitures en portent pourtant encore. Parfois, ce sont des feux achetés à tout petit prix pour remplacer des feux d’origine abimés. Dans d’autres, ce sont des personnes qui ignorent le côté ringard de ces feux qui les achètent pour le côté esthétique. En lui-même, un feu Lexus n’est pas laid (même si c’est subjectif) mais il est considéré comme ringard, au même titre que les assiettes peintes accrochées sur le mur, la cagoule en laine ou encore les dés en peluche qui pendent au rétroviseur central. Et dans de derniers cas, le feu Lexus est choisi pour son esthétique et sa cohérence avec un projet de « tuning » plus ou moins léger, s’affranchissant de l’image terni de cette optique. Il y a même des cas où le feu Lexus rend assez bien, d’où l’intérêt de prendre du recul…
Le feu Lexus reviendra-t-il à la mode ?
Je ne pense pas que le feu Lexus reviendra à la mode sous sa forme déjà connue. En vingt ans, les constructeurs automobiles ont largement concentré leurs efforts au niveau des optiques. Les phares comme les feux sont devenus de véritables bijoux de technologie, avec des systèmes d’éclairage très aboutis et des signatures lumineuses qui épousent parfaitement les formes de la carrosserie. D’ailleurs, de moins en moins de personnes remplacent les optiques de modèles modernes. Dans le pire des cas, le sempiternel film teinté est appliqué mais cela va rarement au-delà. Pour les modèles plus anciens, le feu Lexus semble mis de côté. Les préparations étant plus aseptisées que par le passé, les feux d’origine sont régulièrement conservés ou bien ce sont des feux « cristaux » qui prennent place.

Sur le marché du neuf, on trouve certains modèles qui renouent avec les feux translucides. L’exemple en date le plus récent, c’est la Renault Clio 5 restylé. Beaucoup ont noté ces feux qui s’apparentent aux feux Lexus d’antan ! Certains adorent, d’autres détestent. Il est probable que les feux translucides reviennent sur le devant de la scène.
Terminons ce petit article par une réflexion. Pour beaucoup, l’intérêt réside dans le fait de pouvoir mettre une voiture à son goût. Si on aime les feux Lexus, pourquoi devrait-on s’en priver par conformisme ? Plus que jamais, faites de ce qui vous plaît en respectant le Code de la route et les impératifs du contrôle technique. Si vous avez une Clio 2 et que vous hésitez à lui monter les fameux feux Lexus et le buste de Johnny Hallyday sur le capot en sticker, lancez-vous. Vous serez forcément critiqué. Mais ça, c’est plus un problème de société que de dénigrer la différence…





