Les voitures électriques chinoises davantage taxées
La Chine a largement développé son offre de voitures électriques. Certaines marques sont d’ailleurs bien connues en Europe, comme MG Motor, BYD ou encore Seal. Bien d’autres espèrent pouvoir pénétrer le marché européen, ce qui se ressent assez fortement sur les volumes de vente. Car oui, grâce à leur main d’œuvre plus accessible, les constructeurs automobiles chinois parviennent à séduire assez massivement les Européens, au grand dam des fabricants européens. Si certains de ces derniers sont bien contents de pouvoir acheter des batteries plus accessibles, la Commission européenne a décidé d’augmenter assez lourdement les taxes inhérentes à l’importation de véhicules électriques chinois. Maintenant, il faudra voir la réaction des constructeurs de l’Empire du Milieu. Et nous pourrions être surpris…
Une mesure soutenue (aussi) par l’Amérique
Actuellement, une taxe de 10 % était déjà appliquée pour les voitures électriques chinoises importées en Europe, au titre des droits de douane. L’objectif était clair : lutter contre la concurrence, considérée comme déloyale, sur le marché de la voiture électrique. Cela s’accompagne d’une privation du bonus écologique pour les véhicules issus de l’Empire du Milieu. Une mesure assez radicale qui pénalise également les constructeurs européens qui produisent certains modèles en Chine, à l’image de Dacia avec la Spring. Aux États-Unis, les voitures chinoises seront taxées à hauteur de 100 % à partir du 27 septembre 2024, ce qui démontre bien la volonté d’éviter toute forme de concurrence. En Europe, la taxation sera largement revue à la hausse mais elle dépendra de l’attribution éventuelle de subventions de la part du gouvernement chinois. L’objectif ? Offrir plus de transparence entre les fabricants, le gouvernement chinois et la Commission européenne.
Quant à l’import de voitures électriques fabriquées en Chine, il deviendra moins intéressant. Cette décision, qui ne sera pas sans conséquence, s’appuie sur une enquête menée en 2023, prouvant que certains constructeurs automobiles auraient pu bénéficier de subventions du gouvernement. Une mesure qui a créé un sentiment d’injustice auprès de beaucoup et qui a pénalisé plus ou moins fortement les constructeurs européens. Concrètement, les constructeurs automobiles chinois se trouveraient avantagés dans la production de modèles électriques. Cette nouvelle taxe complémentaire vise à davantage équilibrer le marché tout en parvenant à un équilibre plus juste. Mais vous le verrez, il y aura aussi des contreparties qui vont surprendre…
Une taxe variable jusqu’à 37,6 %
L’actuelle taxe de 10 % est toujours d’actualité… Mais une seconde viendra donc s’y ajouter. Pour déterminer sa valeur, chaque constructeur automobile chinois a dû faire preuve de transparence, en communiquant l’éventuelle subvention accordée par le gouvernement. C’est une manière d’équilibrer l’ensemble mais qui varie assez fortement, de 17,4 % à 37,6 %. BYD est le constructeur qui s’en sort le mieux et MG qui « subit » la plus lourde taxe. En moyenne, le droit s’élèvera à 21 %. Cette taxe s’applique plus généralement à tout modèle électrique produit en Chine. Forcément, cela impactera bien plus de modèles que l’on pourrait imaginer. Outre la Dacia Spring, la BMW iX3, le Volvo EX30, certaines Tesla Model 3, la Mini Cooper E ou encore les Lotus Emeya et Eletre seront concernées par cette taxe qui risque d’alourdir considérablement la note.
Pour pallier ce phénomène, Volvo envisage de délocaliser la production de l’EX30 en Belgique. Un moyen d’éditer cette surtaxe. Même si tous les constructeurs n’auront pas nécessairement la capacité de réagir aussi vite, cela aura peut-être le mérite de favoriser la production de modèles dans l’Union européenne. Car de nos jours, rares sont les marques à produire sur leur marché d’origine. Chez Audi, par exemple, la production est répartie entre la Slovaquie, la Belgique, l’Espagne ou encore la Chine. Maintenant, il faut prendre le temps de comprendre le mode d’application de cette taxe. Cela imposera aux constructeurs de trouver des solutions à très court terme… L’objectif est clair : réduire l’influence de la Chine sur le marché automobile mondial.
L’application de cette nouvelle taxe
Ces nouveaux droits de douane seront dus au moment de l’importation. Cela impactera donc directement les marges de distribution, ce qui aura une conséquence forte sur le modèle économique européen. Les constructeurs concernés n’auront donc pas d’autres choix que de casser leur marge ou bien de répercuter cette augmentation directement sur le prix de vente TTC final. Le risque est alors de perdre des parts de marché et de générer un fort sentiment d’incompréhension de la part des clients qui ont déjà perdu, rappelons-le, l’éligibilité au bonus écologique. Certaines marques n’auront donc pas d’autres choix que de répercuter directement ces taxes, ce qui devrait gonfler fortement le prix de nombreux modèles, les rendant bien moins attractifs. Dans le cas de MG Motor, l’impact risque d’être majeur.

Mais cela va encore plus loin. On le sait, certains constructeurs implantent des batteries d’origine chinoise sur leurs véhicules. C’est par exemple le cas du Peugeot E-3008, qui reçoit des batteries chinoises lors de son lancement et qui switchera prochainement sur des batteries produites en France. La bascule pourrait être plus rapide que prévue puisque la Commission européenne prévoit des taxes à hauteur de 25 % pour les batteries fabriquées en Chine. Dans un autre registre, les panneaux solaires et les semi-conducteurs seront impactés à 50 % dès le 1er janvier 2025. Autant dire qu’il s’agit d’un véritable séisme économique qui aura impact bien plus large que sur le seul domaine automobile. Suffisant pour ralentir la croissance de la voiture électrique en Europe ? Difficile à dire…
Pourquoi cette taxe ? Le marché automobile européen est en pleine mutation avec une conversion vers l’électrique qui se veut assez rapide. Les constructeurs automobiles ont été contraints de s’adapter fortement et même de trouver des canaux d’approvisionnement suffisamment performants pour la fourniture des batteries. La Chine, qui dispose des infrastructures et des possibilités logistiques, a répondu massivement à ces demandes. Maintenant, l’Europe cherche à se recentrer sur ses productions en renforçant le modèle économique. Dès lors, les voitures chinoises qui constituent une concurrence importante, ne sont maintenant plus désirées.
Les constructeurs encore punis…
Depuis quelques années, les constructeurs automobiles prennent vraiment très cher… Des rumeurs évoquent un durcissement du malus écologique avec un nouvel abaissement des émissions de CO2. Cette taxe supplémentaire sur les véhicules importés de Chine n’est pas vraiment une surprise, cela fait pas mal de temps déjà que des rumeurs l’annoncent. Les marques devront donc redoubler d’efforts et faire des choix stratégiques. Relocaliser la production pourrait être une bonne alternative à la condition de retrouver des volumes de vente plus corrects. Mais là, c’est loin d’être évident à appliquer dans un délai aussi court. Certains y verront une forme de karma et une conséquence de la délocalisation dictée par l’économie à tout prix.
Face à ces mesures, Pékin a déjà réagi en contestant ces taxes auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Des mesures jugées injustes et protectionnistes… Des mesures de représailles pourraient donc être prises afin d’aller à l’encontre de ces nouvelles taxes particulièrement hostiles aux voitures fabriquées en Chine. Étant donné la dépendance importante à la Chine pour la production de batteries, notamment, il est certain que Pékin dispose largement de moyens pour contrarier la Commission européenne. Aux États-Unis, l’impact risque d’être encore plus important puisque les voitures chinoises y perdront tout intérêt économique, ce qui risque de priver Pékin d’un marché important… Les tensions ne sont donc pas prêtes d’être apaisées…
Un impact sur le vin ?
Naturellement, Pékin compte aussi augmenter les droits de douane sur les voitures européennes… Mais uniquement pour les modèles thermiques ! Cela risque d’impacter lourdement les constructeurs allemands qui connaissent un bel essor sur ce marché. Mais là encore, les sanctions pourraient être plus larges, avec un élargissement au vin ainsi qu’à d’autres produits très prisés. Un terrain d’entente sera-t-il trouvé ? Cela semblerait être dans l’intérêt de tous…





